PETIT RÉSUMÉ pour lecteur pressé.

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I- Ayant rencontré dans mes jeunes années les Anthroposophes biodynamistes, j’ai souhaité mettre à jour mes connaissances. D’autant plus que la nomination de Mme Nyssen à la Culture lançait un début de polémique médiatique sur ses liens avec cette mouvance. Je pense avoir quelques compétences techniques pour discuter la validité de cette pratique agricole de plus en plus prisée par les viticulteurs.

II- BIODYNAMIE : une ésotérique occulte, à ne pas discuter ?

Les anthroposophes reprochent aux théories physico-chimiques et “mécanismes” de la science moderne — bien que d’une performance et d’une puissance extraordinaire —  de n’avoir qu’une validité limitée car –selon eux–elles sont basées sur une conception bien trop restreinte de l’Univers.

Selon R.Steiner, sa science spirituelle aurait découvert “des secrets beaucoup plus complexes que les seules lois du monde physique”, en y ajoutant en la notion de principes immatériels tels que forces de vie, forces formatrices et développement cyclique”.

Du coup les agriculteurs se voient munis d’une panoplie de préparations étranges, pour la plupart d’origine animale ou végétale, ayant subi une maturation ( que dis-je “une métamorphose alchimique” ! ) dans des organes animaux, aussi surprenants que les cornes de vaches, les intestins de cerf, ou le crâne d’un animal domestique.

Mais ce n’est pas tout : ces produits ne seront actifs que s’ils sont “dynamisés” selon une procédure complexe qui est assimilée au processus alchimique d’assemblage de la matière dénommé « coagula-solve ».

Dernier outil magique : les agriculteurs pourraient lutter contre les parasites animaux (rats, taupes, etc…) ou végétaux (mauvaises herbes) tout simplement en calcinant une exemplaire des ennemis, et en répandant leurs cendres à doses infimes !

Tout ceci devant être pratiqué sous les auspices de moments planétaires favorables fort complexes, et dont le seul respect inexact pourrait…à eux seuls, annuler les effets ! facile, non ?

III- LE CROIRE…OU LE PROUVER ?

Pour Steiner, sa science “n’a pas besoin de preuves”, la science conventionnelle “peut-même être gênante”. Mais ces disciples se posent encore bien des questions, sur l’évolution possible : “Et après tout, avons-nous besoin de réaliser davantage d’essais comparatifs sur les systèmes de production ?”

Mais la réponse est renvoyée… à l’étude du texte original du Cours au agriculteurs, qui aurait déjà tout dit, et qu’il faut approfondir encore.

Du coup, la recherche en biodynamie paraît paralysée par l’idéologie anthroposophique, qui a commencé par tenter de mettre au point des méthodes globales censées mettre en évidence une “mystérieuse vitalité, imperceptible par l’analyse scientifique.” Cependant même leurs propres soutiens mettent en doute de telles analyses : “actuellement, ces méthodes ne permettent pas une discrimination fiable à 100% des produits issus de ces deux modes de culture. »

Ainsi la CRISTALLISATION SENSIBLE, très en vogue dans cette mouvance, (recommandée par les plus anciennes autorités, Steiner et Pfeiffer), est maintenant récusée par l’office de labellisation officiel des produits biodynamiques DEMETER : “Un des problèmes majeurs est la faible reproductibilité des images de cristallisation réalisées par la plupart des laboratoires de cristallisations. Ceci jette un doute sérieux sur la capacité discriminante des méthodes employées pour certains échantillons et certaines substances ».

LA MORPHO-CHROMATOGRAPHIE, également recommandée par les autorités d’origine, est, de la même façon, aujourd’hui, mise en question au sein de l’anthroposophie: “un travail important serait nécessaire pour caractériser ce que l’observateur perçoit en lui au contact visuel de l’image afin de le rendre objectif et donc communicable. (…) Pour conclure, depuis ce nous avions écrit en 1991, il semble qu’il n’y ait pas encore de travaux sérieux montrant la corrélation statistiquement documentée, entre caractères morphogénétiques d’une image sensible et qualité spécifique d’une substance ».

Pourtant cela n’entraîne aucune remise en cause du principe ésotérique de la biodynamie, dont les tenants avouent être dans quelque chose de totalement nouveau et inexploré », jusqu’ici réservé au monde des dieux, et qui a fait de l’agriculture “une sorte d’acte sacramental, (où) l’agriculteur devient un prêtre ».

IV- LEURS AUTRES EXPÉRIMENTATIONS NE RESPECTENT PAS LES RÈGLES

Ainsi le fameux essais sur 21 ans visant à prouver la supériorité de la biodynamie sur la simple culture biologique est même dénoncée par le maître à penser australien Podolinsky qui incrimine le mauvais état des préparats utilisés !  « les résultats au champ n’étaient absolument pas discernables ».

Ce qui est constaté par de nombreux universitaires américains…

Cependant les associations qui gèrent la biodynamie font état sur le Net de résultats fort troublants. MAIS devant la progression extraordinaire de la matière organique d’un sol, après quelques mois de traitement,  les résultats ne sont pas vérifiés par de nouvelles expérience au même endroit exactement : le miracle est prévu ! (même à Lourdes on vérifie !)

Par contre on nous cite une incroyable série de cause d’erreurs possibles pouvant justifier les échecs (dont aucun n’est cité) :

-la qualité des préparations, trop secs ou humides (moisies),

-les méthodes de dynamisation (appareil non conforme, alors que le cuivre est recommandé parce qu’en relation…avec Vénus)

-ou de travail des sols (trop ou pas assez profond !),

-les problèmes d’horaires (trop tôt ou trop tard en saison),

-ou encore de positions planétaires, (capables de « faciliter ou au contraire diminuer l‘effet des préparations »), alors que, deux mois après le décès de Mme THUN, le calendrier planétaire était hypocritement abandonné par une haute autorité du Gœtheanum,

-sans parler de terres « au passé difficile »).

Pire encore : comme l’aurait dit Steiner, évoquant la physique quantique (!) « A quel point l’état vital, psychique et les intentions de ceux qui élaborent, dynamisent, ou pulvérisent les préparations sont-ils capable d’influencer les résultats obtenus ? La main verte est-elle une réalité avec laquelle il faut compter ? ».

En un mot tout est bon pour justifier l’échec, alors que le succès n’est jamais interrogé. Rien d’étonnant, le respect du Maître doit éliminer « toute critique, tout jugement rendu, (qui) dissipe les facultés de l’âme lui permettant de conquérir la connaissance supérieure, tout autant que la vénération respectueuse développe, au contraire, ces facultés” .

Ce que les obligations européennes ne tarderont pas à mettre à mal, en interdisant l’accès aux organes animaux indispensables prescrits par Steiner ! comme la nécessité d’une AMM (Autorisation de Mise sur le Marché) pour les “biostimulants” et autres adjuvants, AMM qui impose (quelle horreur) des preuves d’efficacité !

V- DES VIGNERONS EN VOIE D’ ÉMANCIPATION ?

Avec des motivations pragmatiques et fort diverses, les vignerons appliquent une sorte de “biodynamie à la carte”, en ignorant le dogme, ou en l’adaptant à leurs contraintes de temps, d’organisation du travail et de bonnes pratiques traditionnelles.

D’ailleurs de récentes expérimentations (par les anthroposophes eux-mêmes, l’Institut de recherche de l’agriculture biologique, implanté en Suisse (FIBL), et l’Association Suisse pour la biodynamie) reconnaissent qu’il faut continuer à traiter aux fongicides traditionnels les vignes, même si elles présentent « une meillure vitalité » !

La plupart du temps en mono-culture, ils vont jusqu’à ignorer la sacro-sainte obligation faite aux anthroposophes biodynamistes de créer “un organisme” agricole complet, ce qui entraîne, selon le Maître, la nécessité d’avoir du bétail !

Négligence coupable … et que l’hypocrisie des solutions trouvées masque bien mal : élevage de poules, traction animale,  ou association avec une ferme “voisine” ne résolvent rien, il y a bien abandon d’un principe essentiel, qui s’accompagne du non-respect du calendrier planétaire.

Les mauvaises langues affirment que le label est devenu “porteur”, d’autres se contentent d’un effet subjectif sur leur vins qui seraient “devenus plus vivants”.

Quoi qu’il en soit, ces vignerons ainsi éloignés de Steiner, n’ont pas le label “Demeter”, mais se sont créés un autre “BIODYVIN”.

VI- SE LIBÉRER DE L’ANTHROPOSOPHIE ?

Ainsi maltraité, le dogme serait-il encore efficace ? Ne serait-ce pas urgent d’étudier, selon les méthodes de la science expérimentale, les effets, à dose infime, de la prolifération microbienne qu’est en fait la “bouse de corne” , en oubliant la phraséologie anthroposophique les affublant des “forces et des substances présentes dans cette corne qui repose en terre se concentrant et s’imprégnant des qualités qui affluent de la Terre et du Cosmos selon les saisons”.

Il se fabrique déjà des engrais additionnés de certaines bactéries, à effet bio-stimulant sur le sol, agissant sur la bio-masse et l’absorption des éléments chimiques du sol.

De tels contrôles ne devraient pas rester aux mains d’associations sinon partiales, du moins dénuées d’objectivité, puisque attachées à promouvoir l’anthroposophie de Steiner.

Plusieurs tests expérimentaux assez faciles à mettre en place sont proposés aux praticiens de bonne volonté.

VII- ET JUSTEMENT UN CENTRE DE RECHERCHES S’EST OUVERT

à la ferme du Domaine des Possibles, La Volpelière,  en lien avec l’école privée de ce nom, ouverte par Mme Nyssen, l’éditrice bien connue d’Actes-Sud, devenue Ministre de la Culture du gouvernement Macron.

Il s’agit d’accueillir “en résidence” les expériences de laboratoires et les chercheurs qui ont besoin d’une telle surface. L’université deviendra également un lieu d’échanges (colloques, rencontres etc…), un forum pour les chercheurs,…

L’agroécologie sera donc expérimentée, y compris la biodynamie, dont d’importants représentants sont parmi “les personnes sources”.

Parmi eux, M. Bourguignon qui avait regretté, à propos de la biodynamie,  de ne pouvoir réaliser « les expériences nécessaires pour voir ce qu’il y a derrière cela »,  sera à pied d’oeuvre.

Faute de ces recherches, il serait impensable que Mme Nyssen laisse les anthroposophes développer devant les enfants de son école l’esprit goethéen tel que détourné par Steiner, qui en a fait la négation de notre culture scientifique, par la primauté qu’il accorde à la forme sur la pensée, selon cette terrifiante maxime “c’est la pensée, le jugement, qui se laissent tromper, pas les sens”.

 

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