l’anthroposophie étend sa toile

toile araignée 

ENSEIGNEMENT BIODYNAMIQUE FINANCÉ PAR NOS IMPôTS,

FONDATION D’ UTILITÉ PUBLIQUE SOUTENANT SES PROSÉLYTES,

FERME-UNIVERSITÉ, CRÉÉE PAR MmE NYSSEN POUR SA DIFFUSION,

à qui le tour ?

Le développement spectaculaire de la « biodynamie » en viticulture, est actuellement le fer de lance d’une doctrine aux fondements ésotériques, l’anthroposophie.

Il est sans doute nécessaire de rappeler que cette pratique agricole fut « révélée par les dieux » à R. Steiner il y a presque un siècle. Il s’agit de traiter les cultures et le sol au moyen de préparations issues de macérations de …bouse de vache et autres produits, après macération à l’intérieur d’organes animaux, vessie de cerf, mésentère bovin, ou autres crânes d’animal domestique. Ces organes étant supposés concentrer les forces cosmiques.

L’addition de coquilles d’œuf à une de leurs « préparations » lui donnerait la merveilleuse propriété de protéger des radiations atomiques. Simple erreur de raisonnement, bien significative : le calcaire a été interprété comme fixant la radioactivité, simplement parce que, du fait de son origine sédimentaire, il émet moins de radiations que les sols granitiques !

Dans le même genre analogique, vous avez la silice, dont la pulvérisation est prétendue « renforcer la lumière solaire, et permettre une meilleure relation avec la périphérie cosmique », au motif que …le quartz laisse passer la lumière.

On n’en finirait pas, le lecteur intéressé peut consulter mon blog <—ICI

Comment une telle démarche occultiste, très New Age, peut-elle encore se répandre aujourd’hui ? Présentées comme issue d’une « science » dite « spirituelle », les preuves annoncées de son efficacité n’ont pas incité nos concitoyens à plus de réflexions. Un certain aspect « poétique » peut aussi voir eu quelque un effet séducteur.

En 1999, l’Évêque catholique, Mgr Vernette considérait l’anthroposophie comme « une gnose intelligente », mais de construction étrangère à l’Évangile, tout en reconnaissant, sans doute mal informé, « ses applications pratiques tout à fait novatrices ». C’est tout, M. l’évêque, « secrétaire national de l’épiscopat français pour l’étude des sectes et nouveaux mouvements religieux » ? Vous avez osé qualifier de « novatrices« , ces applications datant de presqu’un siècle, et qui puent l’occultisme le plus ésotérique ? Sans commentaire, il n’est plus de ce monde.

En fait, il faudrait comprendre que le succès –réél ou faussé–de ces innovations vise à valider l’ensemble de la doctrine occultiste révélée par Steiner. (école, agriculture, arts, politique « triarticulée », astronomie…).

Quoi qu’il en soit, je prétends (ayant quelques compétences en essais biologiques contrôlés) que ces preuves ne sont pas actuellement crédibles : d’abord les anthroposophes ont utilisé leurs propres méthodes « globales » (révélées par un proche disciple de R.Steiner), supposées mesurer de façon subjective la vitalité de leurs productions agricoles.

       Étranges analyses, finalement récusées <–ICI pour manque de fiabilité par eux-mêmes (y compris par leur label officiel DEMETER). Enfin ils ont effectué des analyses classiques (mais sans contrôle indépendant), mesurant les modifications des sols dues aux traitements magiques : teneur en matières organiques, ou en divers sels minéraux.

       Certains résultats diffusés sont tellement spectaculaires qu’ils en sont incroyables, et auraient dû inciter n’importe quel chercheur à les remettre en cause, à les redoubler sous contrôle indépendant, tout en cherchant les « biais » du protocole, par exemple au niveau des prélèvements de sols (ont-ils été faits exactement, au même endroit ? Les terrains ne sont jamais homogènes).

       Par contre, les échecs ne sont jamais diffusés, mais une étonnante liste de causes d’erreurs nous est fournie <—ICI pour les justifier, allant jusqu’à mette en cause le mental de l’agriculteur, au nom de…la physique quantique, ou encore la situation cosmique au moment de l’emploi.

Un spécialiste de la vie microbienne des sols,<—ICI, directeur du Laboratoire d’Analyse Microbiologique des sols, M. Bourguignon, exprime bien sa stupéfaction, sans toutefois chercher à aller plus loin : « L’agriculture biodynamique c’est que d’évidence c’est spécial. Les préparations biodynamiques font plus penser à des grimoires médiévaux de recettes de sorcellerie qu’à de la science propre. Et pourtant, j’ai étudié quelques préparations et il y en a qui m’ont totalement époustouflé. (…) Qu’est-ce qui se passe ? Je n’en sais rien du tout. Je ne sais pas quel type d’énergie touche la biodynamie mais en tant que scientifique je me garde bien d’en rire. Je dis simplement que je n’ai pas d’explication. Mes appareils de mesure ne voient rien, n’ont pas accès à ‘la fréquence des énergies actionnées’ par la biodynamie. (…)Mais je ne peux pas mesurer les activités de la biodynamie. Si j’étais à la tête d’un Institut, je ferai faire des expériences pour voir ce qu’il y a derrière cela. Avec une vision scientifique. »

Des universités américaines ont pourtant déjà comparé les cultures traitées en « simple » agriculture biologique (*), avec lesquelles celles en biodynamie : elles ne présentaient guère de différence.

nos impôts financent

Disons alors que la méthode est pour le moins « controversée ». Alors pourquoi est-elle enseignée, aux frais du contribuable, avec délivrance de « brevets professionnels de responsables d’exploitation agricole », adaptés à la biodynamie, comme aux CFPPA d’ Obernai (67) ou de Segré (49) (*)? Alors même que des viticulteurs en sont encore à tester, sur 5 années, les éventuels avantages de la biodynamie sur la simple biologie ! (chambres d’agriculture de Loire-Atlantique, essai« BIODYVITI », et du Vaucluse, essai« VITIDYNRHO », hélas aux résultats curieusement non-publiés un an après)

(*) Un voyage en Écosse permettra aux jeunes agriculteurs de se former en Anthroposophie, et de rencontrer l’Anthro-Tech du Goetheanum, qui sera bientôt célèbre par son moteur révolutionnaire, mû seulement par les forces spirituelles de l’utilisateur !!

Pourquoi a été reconnue d’utilité publique la fondation Paul Coroze,<—ICI qui se donne la mission prosélyte de favoriser « la formation nécessaire aux jeunes cherchant des chemins pour donner une dimension nouvelle à leur existence, et pour promouvoir les méthodes novatrices inspirées de l’anthroposophie de Rudolf Steiner dans les domaines tels que la pédagogie et la pédagogie curative, les arts et arts thérapeutiques, l’agriculture bio-dynamique, la médecine » ?

On a appris la création par Mme Nyssen, actuelle Ministre de la Culture, d’une « ferme-université » adossée à son école du « Domaine du Possible », à côté d’Arles, dont les personnes sources comprennent trois personnalités favorables à la biodynamie, avec l’ambition déclarée de « favoriser sa diffusion », en tant qu’agro-écologie. Et de la présenter aux enfants de l’école, [qui, déjà] trouve « son ancrage » <—ICI dans la pédagogie de Rudolf Steiner,  « Chaque formation /recherche/événement sera une opportunité de découverte pour les élèves <—ICI de l’école ».

        Ne serait-il pas possible au contraire que, pour une bonne fois, soit recherché, avec toutes les parties intéressées, « ce qu’il y a derrière cela ? », selon la belle formule de ce M. Bourguignon, justement choisi comme personne source par Mme Nyssen pour son « Université » ?                

      L’intuition de R.Steiner a peut-être découvert des aspects qui pourraient en faire une science non plus spirituelle, mais simplement expérimentale.

        Faute de quoi, il ne serait guère étonnant que resurgisse ce terrible soupçon de fonctionnement en vase clos, de type sectaire, contestant les programmes de l’État, déclarés « construits sur une vision pseudo-scientifique du monde (**)», au profit de l’observation sensible, intuitive, et guidée par la gnose anthroposophique. 

      Ce serait alors l’oubli de notre propre culture scientifique, vivante parce que continuellement fécondée de la remise en cause de ses acquis. Mais refusée par une idéologie réputée Gœthéenne, accordant la primauté aux sens sur la pensée, et à la forme sur l’observation critique du réel,

« Les sens ne trompent pas, c’est le jugement qui trompe.(…) on parle souvent d’illusion des sens, mais en fait c’est la pensée, le jugement, qui se laissent tromper, pas les sens. (***)».

       Alors le pire serait à venir. Car la certitude posséder la vérité définitive fait de l’anthroposophie une connaissance, spirituelle peut-être, mais une connaissance morte il y a déjà près d’un siècle.

——————— –

(*) « Plusieurs études scientifiques, publiées notamment dans des revues de rang A, attestent que les résultats obtenus via les méthodes d’agriculture biodynamique ne peuvent se distinguer de ceux obtenus par l’agriculture biologique : Reganold J.P et al, 1993; Kœning U.J, 1999; Mäder et al, 2002 . Dans un éditorial datant de 2002, Peter Treue, chercheur en sciences agricoles à l’université de Kiel définit la biodynamie comme une pseudoscience et écrit que des résultats comparables sont atteints par les méthodes de culture biologique. Il montre qu’à ce titre, la biodynamie relève de la magie et de l’alchimie». « Aucune différence n’a été trouvée entre les sols fertilisés avec la biodynamie et les composts non biodynamiques. » (Carpenter-Boggs 2000) Reganold a dit, lors d’une interview de 2003, que la recherche « ne distinguait pas le biodynamique du biologique » (Darlington 2003). On peut difficilement être plus clair. (Wikipédia)

(**) selon Henri Dahan, Directeur de l’école, ex Délégué général de la Fédération des écoles Steiner-Waldorf , interview du Monde<—ICI

(***) cité par le mouvement pour l’agriculture biodynamique <—ICI

6 réflexions au sujet de « l’anthroposophie étend sa toile »

  1. Comment est-il possible que tant d’individus, parmi les éduqués et cultivés, puissent encore croire à ces sornettes de grimoires d’alchimistes médiévaux ?
    Quelles sont les racines psychiques d’une telle adhésion aux contes à dormir debout et à la pensée magique ?
    Et surtout, comment en est-on arrivé à ce qu’une croyante en ces billevesées ait pu devenir ministre de la  » culture  » d’un pays prétendument civilisé et rationnel ?

  2. dov kravi,

    pour que s’esquisse un début de réponse à vos questions je les reformulerai ainsi :

    Comment se fait t-il qu’on puisse être à se point endoctriné que l’on ne puisse voir dans les productions intellectuelles et les réalisations concrètes de tant de personnes éduquées et cultivé que des sornettes de grimoires d’alchimistes médiévaux ? Et non pas un terrain nouveau de culture à découvrir et à comprendre…

    Quelles sont les racines psychiques d’un tel rejet, quasi épidermique ?

  3. Je ne suis pas bien sûr.
    Mais comme vous avez l’air de l’être, vous même, j’ai envie de m’appuyer sur un proverbe populaire bien connu pour vous dire que, sans doute, les motivations de « ces personnes » ont des raisons que votre raison ignore.
    Bien à vous.

Laisser un commentaire