Biodynamie : crédibilité, efficacité IIIème partie

boites à moustaches

la boîte à moustaches1 (aussi appelée diagramme en boîte, boîte de Tukey ou box plot en anglais) est un moyen rapide de figurer le profil essentiel d’une série statistique quantitative.

ANALYSE DE TROIS EXPÉRIMENTATIONS SCIENTIFIQUES

 

DES RECHERCHES EN CIRCUIT FERMÉ…ou pas ? Le mouvement biodynamique paraît hésiter

In « mémoire de stage », de Maryna Bogdanok, sous la férule de Pierre Masson » Plusieurs essais sont déjà en cours. (…). »Les résultats obtenus suite à ses expérimentations ne donnent pas lieu à des publications scientifiques. Néanmoins, ils ont une valeur pratique non seulement pour les adhérents de l’Association, mais aussi pour tous les praticiens de la biodynamie, car la recherche institutionnelle en France n’a pas pour le moment pour but de répondre aux problématiques des groupes minoritaires des paysans. En conséquence, le but l’Association est de transmettre leurs résultats à ceux qui cherchent à comprendre et à pratiquer l’agriculture biodynamique »

interview de VincentMasson Comment avoir accès aux résultats des recherches paysannes ? : Ces « expérimentations » ne donnent pas lieu à des publications. En tant que conseillers, quand on voit quelque chose qui présente des résultats intéressants, on peut être amené à reproduire l’essai chez d’autres agriculteurs, dans d’autres contextes et sur d’autres cultures. Si le cumul des résultats est pertinent, on peut le diffuser dans notre réseau et à travers nos publications. Nous avons créé l’Association pour la Recherche sur les Préparations Bio-Dynamiques (ARP BD), dont le rôle est de mener des recherches, seule ou en partenariat, par exemple avec l’université de Geisenheim ou d’autres institutions. Cela peut permettre de faire des expérimentations plus poussées, en mettant en œuvre les moyens universitaires par exemple. Dans un avenir proche, nous souhaitons publier et diffuser les résultats obtenus.« 

Étonnant que soient diffusés aux adhérents des résultats, validés simplement parce qu’ils sont concordants ! EN FAIT,  IL FAUDRAIT SE PLIER AUX EXIGENCES  techniques de la scientificité conventionnelle. Or les anthroposophes ne sont pas familiers de ce paradigme, bien que Steiner (pas à une contradiction près) ait déclaré : « En pareil cas, je crois qu’il faut quand même être vraiment rationnel. Je conseillerais de tout faire d’abord pour obtenir les résultats les plus favorables en se laissant guider par ses sentiments dans les essais que l’on fait, puis de commencer, pour tenir compte du monde tel qu’il est, à transcrire la chose en chiffres, afin de disposer de véritables barèmes que les gens puissent ensuite utiliser. »

Il faudra bien que les anthroposophes, s’ils veulent convaincre, apprennent la prise de mesures au sens de la physique, c’est–à-dire modestement, en tenant compte du risque d’erreur en plus ou en moins ; qu’ils apprennent à opérer sur de multiples échantillons , pour déterminer une valeur qui ne sera qu’approchée ; qu’ils apprennent enfin à utiliser les statistiques pour comparer deux séries de mesures, afin de pouvoir seulement affirmer, s’il apparaît une différence entre elles, avec quel  %age d’erreurs ils peuvent la prendre en compte. Eh oui, on est loin de la certitude gœthéenne prétendant « L’homme en lui-même, dans la mesure où il fait usage de ses sens sains, est l’appareil physique le plus grand et le plus exact qui puisse exister… » « En effet, on parle souvent d’illusion des sens, mais en fait c’est la pensée, le jugement, qui se laissent tromper, pas les sens.(…) La grandeur de la science est qu’elle connaît ses limites, et sait même quantifier son risque d’erreurs !

NOUS ALLONS COMPARER TROIS EXPÉRIMENTATIONS DE LA PRÊLE SUR LE MILDIOU DE LA VIGNE, et montrer l’intérêt de l’introduction des méthodes scientifiques classiques (statistiques et respect des normes d’expérimentation des antifongiques). Les trois études ont été faites par des étudiants visiblement très au fait de l’anthroposophie, sous la conduite du même Maître de stage, Pierre Masson, du MABD (Mouvement d’Agriculture Biodynamique).

2014-2015 Maryna BOGDANOK,  MASTER FAGE (*)Biologie et Écologie pour la Forêt, l’Agronomie et l’Environnement Spécialité : FGE Agroécologie.(Université de Lorraine) « Évaluation de l’efficacité des préparations à base de Prêle des champs (Equisetum arvense) dans des vignobles biodynamiques contre la Plasmopara viticola » [ci-après MG]

(*)Le master FAGE est une formation par la recherche à vocation professionnalisante sur les concepts de biologie communs aux écosystèmes forestiers et aux agrosystèmes et visant à une maîtrise des outils indispensables aux démarches de recherche et de gestion.

Année 2014 Leïla THOURET, Mémoire de stage de fin d’étude Expérimentations sur vignes, maraîchage et grandes cultures dans une entreprise en Biodynamie : « Essais sur la prêle et les modes de dynamisation » (Université Montesquieu Bordeaux IV I.U.T. de Perigueux Département Genie Biologique Option Agronomie). [ci-après LT]

2015/2016 Le Blaye Loïc Master 2 VVT, (vigne, vin, terroir) Université de Bourgogne, Institut Jules Guyot, « Evaluation de l’efficacité des préparations à base de prêle des champs (Equisetum arvense) sur le développement de Plasmopara viticola ». [ci-après LLB]

   Les trois expérimentations concernent–sous différents angles– les modalités d’action de plusieurs préparations de Prêle (equisetum arvense) contre les attaques du mildiou de la vigne, responsables de beaucoup de dégâts certaines « mauvaises » années. En tous cas, son efficacité est déjà admise : Dans le monde bio-dynamique, la prêle a toujours été préparée en élaborant une tisane simple, sans macération longue. Ensuite Kolisko qui était une élève de Steiner a démarré des travaux sur une tisane de prêle fermentée, qui donna de meilleurs résultats. Kolisko travailla aussi sur les dilutions infinitésimales, elle mit en lumière des dilutions qui montraient des bons résultats, notamment les D5. Puis en collaborant avec plusieurs conseillers en biodynamie, Jean-Luc Petit (consultant en arboriculture-viticulture bio et biodynamie) a mis en évidence que la prêle devait être élaborée en décoction pour favoriser son extraction et donc augmenter son efficacité ». (LLB) La mise en route de ces expérimentations manifeste un certain manque de logique, puisque les initiateurs de la biodynamie sont cités comme ayant obtenus de bons résultats … sans doute n’étaient-ils guère « présentables » scientifiquement ? Plus inquiétant, aucun ne pose la question qui m’était venue immédiatement : si l’apparition du mildiou est due-selon les anthroposophes–à un déséquilibre du sol, pourquoi les terrains traités en biodynamie n’en sont-ils pas exempts ? « l’agent pathogène qui provoque la maladie fait partie de l’environnement et (qu’) il vient se manifester en raison d’un déséquilibre préalable. Le champignon n’est pas donc perçu comme la cause de la maladie, mais comme la conséquence de ce déséquilibre plus profond (Lepetit, 2014)« .(MB). Et ce déséquilibre engendrerait l’attaque du mildiou comme traitement régulateur! : « La prêle a donc un rôle dans la lutte contre les cryptogames, notamment le mildiou. Comme nous l’avons énoncé, ce champignon est présent lorsque le végétal est trop exubérant. Il a alors une action destructive. Il semble donc agir comme un régulateur, car de cette façon il canalise la plante ».(LT) la prêle prendrait donc la place du mildiou pour réguler le déséquilibre…?

AUTRE QUESTION : ces sols en biodynamie ont reçu régulièrement les traitements à la silice de corne, leur transmettant les forces cosmiques échauffantes de Saturne, alors pourquoi faut-il , en plus, les traiter avec la prêle, agissant par l’abondance de sa silice, dont LT souligne la « capacité d’assèchement » ,« La prêle, nous l’avons vu, a une grande capacité de gestion de l’eau. Son action sur la plante est également régulatrice, mais non destructrice. Elle semble absorber l’eau en excès, et ainsi prévenir l’attaque du mildiou. C’est également pour cela qu’on lui prête des qualités asséchantes, et on recommande communément de ne pas l’utiliser dans des conditions trop sèches. Du point de vue de sa composition, cette capacité d’assèchement est probablement due à sa forte teneur en silice. » (…) « Une observation montre donc, qu’une des qualités essentielles de la prêle est de réussir à bien gérer l’excès d’eau (…) C’est cette qualité que le vigneron cherche à transmettre à la vigne lorsqu’il pulvérise la tisane » (Lepetit, 2014)

Devant ces inconséquences, les anthroposophes ont trouvé d’autres explications : LA PRÊLE CONTRÔLE LA REPRODUCTION, selon LT : L’anthroposophie explique son pouvoir antifongique par son comportement reproducteur. Chez la prêle, la fructification est brève et discrète, et elle laisse rapidement place a la phase végétative, qui se développera plus amplement. C’est en effet la reproduction végétative qui est la plus importante. A l’inverse du champignon, c’est une plante qui semble réfréner toute exubérance. Elle observe un parfait contrôle de chacun de ses organes (verticilles très fins et réguliers, corps extrêmement segmenté), tandis que le cryptogame croit de façon exponentielle des qu’il en a la possibilité. Prêle et champignon semblent adopter des comportement opposés. Les biodynamistes pensent que la première permet de réguler le second. notamment le mildiou.

ENFIN DERNIÈRE « EXPLICATION » trouvée par les sentiments et les perceptions phénoménologiques des anthroposophes : LA PRÊLE DIRIGE LES FORCES LUNAIRES VERS LE SOL selon Biodynamie-Service, citant le Cours aux Agriculteurs de Steiner, : « La décoction de prêle des champs y est présentée comme efficace en prévention des maladies cryptogamiques qui se développent à la suite d’excès d’humidité durant la période hivernale ou printanière. Ceci conduit à une trop grande activité des forces lunaires provoquant un accroissement anormal des forces végétatives. La décoction aurait la capacité de ramener vers la sphère du sol ces forces lunaires excédentaires, là où elles trouvent leur juste place pour stimuler l’activité biologique du sol (bactéries, mycorhizes et mycéliums divers). » D’ailleurs Steiner avait dit, précisément, de pulvériser la prêle sur le sol…ce que personne ne fait. LLB a le courage de noter « Concernant les affirmations de Steiner (1924) sur l’augmentation de la pression des maladies cryptogamiques lors des phases de pleine lune, il n’y a aucune publication scientifique qui puisse confirmer ces propos. Mais l’eau, avec l’humidité qu’elle apporte est aussi à la base du développement des maladies cryptogamiques. Si on suppose que l’eau qui subit une influence des phases lunaires, on pourrait donc penser qu’il existe une certaine relation entre celles-ci et les attaques des maladies cryptogamiques. Ceci n’est qu’une supposition pour essayer d’expliquer les propos de Rudolf Steiner. » Pourtant :« La pulvérisation dans la période qui précède la pleine Lune de Pâques est née d’une hypothèse de Pierre Masson, conseiller en biodynamie, [le Maitre de stage !]sur les meilleurs moments de pulvérisation pour favoriser l’efficacité de cette préparation en fonction des cycles luni–‐solaires. « 

Je m’étonne ici encore : les traitements à la bouse de corne, prodigués régulièrement sur les cultures en biodynamie ne sont donc pas aptes à gérer l’activité des forces lunaires comme on nous l’avait répété ? Les vers de terre qualifiés par Steiner de « merveilleuses soupapes de la vitalité de la terre » régulant la vie éthérique, ne peuvent donc agir ?

 LES ÉTUDIANTS ONT ENCORE CITÉ DEUX AUTRES EXPLICATIONS A L’ACTION DE LA PRÊLE, plus « chimiques » :

LA PRÊLE AGIRAIT PAR SES PHÉNOLS (LLB) « Cet effet antimicrobien de la prêle des champs pourrait être attribué à la présence de phénols dans son extrait. En effet les polyphénols constituent 5% de la masse sèche de l’extrait de prêle (Marchand et al., 2014).(…) La vertu principale de la prêle des champs face aux agents pathogènes est attribuée à sa richesse en polyphénols. »

LA PRÊLE AGIRAIT aussi COMME ENGRAIS FOLIAIRE AZOTÉ (LLB) : « L’hypothèse secondaire liée à l’utilisation de la prêle est sa possible influence sur la vigueur de la vigne, elle pourrait en effet jouer un effet d’engrais foliaire azoté. » s’agit-il d’endurcir les feuilles ou de leur, cas où la prêle agirait alors comme sensibilisation au mildiou ?

CES  DIFFÉRENTES HYPOTHÈSES SUR L’ACTION DE LA PRÊLE ONT UNE GRANDE IMPORTANCE  POUR RECHERCHER UN AUTRE TYPE DE TRAITEMENT, qui serait riche en polyphénols, ou en silice, ou régulant la reproduction, les effets lunaires, etc…

Par contre les étudiants ont aussi testé un produit étrange, « racine de lumière », sans autre justification que de l’avoir reçu d’Allemagne :« Lichtdünger : C’est une préparation sous forme liquide venue d’Allemagne, c’est un mélange de substances homéopathisées jusqu’a la D5. Elle s’emploie ensuite en diluant une part du liquide obtenu avec 39 parties d’eau, soit au 1/40ème. »(LLB)

« La Lichtdünger (« engrais lumière » NDLR) a également été utilisée. Il s’agit d’un préparation réalisée par Benjamin Epfler expérimentée en vue d’une mise en marché. À base de D5 d’une décoction d’un igname : Discorea batata, dénommé licht-wurztzel ou « racine de lumière », et d’une D7 de décoction de prêle Equisetum arvense, la lichtdünger a été créée comme une amélioration de la décoction de prêle ».(LT)

Il s’agit de cette plante (dioscorea batata, ou LichtYam) qui avait été recommandée par Steiner comme aliment devant remplacer la pomme de terre, qu’il accusait de rendre l’homme matérialiste (!). Encore un faux pas  du maître, le fameux « aliment » ayant révélé des propriétés pharmacologiques interdisant sa consommation alimentaire… Il n’est plus qu’un simple « additif alimentaire ».

Ce produit existe chez Demeter : « Lichtyam® est une variété d’ignames chinoises (Dioscorea batatas) développées et cultivées sur Andreashof selon les directives de Demeter. Dans la médecine traditionnelle chinoise, elle est une plante médicinale considérée depuis des siècles. Selon Rudolf Steiner, elle est censée pouvoir stocker la lumière et la rendre accessible aux humains. »

Lichtyam Demeter

LES ÉTUDIANTS NE SEMBLENT PAS AVOIR ÉTÉ INFORMÉS DU CHEMINEMENT INTELLECTUEL (pardon ! sentimental, phénoménologique) QUI AVAIT JUSTIFIÉ LE CHOIX DE CE COMPLÉMENT ALIMENTAIRE COMME TRAITEMENT VÉGÉTAL. Comportement scientifiquement bien peu admissible, et qui, hélas, traduit le lien de ces étudiants avec le  mouvement anthroposophique, supposant leur absence de curiosité…Quel est donc le « voyant » qui a interprété la pensée de Steiner et extrapolé de l’alimentaire au végétal ?


MÉMOIRE SCIENTIFIQUE…ou EXPOSÉ DE LA DOCTRINE ?

EFFECTIVEMENT,  DANS LEUR MÉMOIRE, les auteurs exposent  sans critique–mais chacun à sa façon–la doctrine anthroposophique. La moindre honnêteté scientifique eut été de signaler à quel point cette doctrine est parfois qualifiée par certains auteurs de « pseudo-science »

LE LIEN À LA DOCTRINE Les trois font référence aux révélations de R.Steiner, mais la plus engagée est LT, qui donne un exposé très détaillé de la biodynamie, (« une science précise » !) y compris les photos de ses initiateurs. Je note toutefois que les « justifications » des maturations dans les organes animaux sont limitées aux bouse et silice de corne corne. Les vessie de cerf, mésentère/intestin bovin ou crâne domestique sont « oubliés » (pour ne pas choquer les universitaires peut-être ?). Les affirmations sur le calendrier planétaire, les nœuds lunaires, et l’efficacité de la biodynamie en général, sont présentés comme acquises sans discussion : des actes de foi plutôt qu’une contribution sérieuse aux recherches universitaires !

MB va plus loin : il nous présente carrément le paradigme de son mode de recherche  par les sentiments, avec un joli schéma : « Le paradigme de l’agriculture biodynamique a été confirmé par Kaltoft (1999) dans son étude des cas-types des agriculteurs danois en biodynamie et de leur attitude vis-à-vis de la nature. Ainsi, la question centrale des agriculteurs en biodynamie est d’enrichir la matière avec l’esprit (forces de vie). »

pardigme anthroposophe

« Dans l’illustration ci-dessous, dans le triangle de droite (représentation holistique de la recherche) l’action (la recherche) est guidée par des sentiments et des perceptions du sujet. En même temps, la recherche peut démarrer de n’importe quel coin du triangle. Cela n’est pas le cas pour la recherche conventionnelle (triangle de gauche). Par conséquent, dans notre travail nous avons choisi le cadre du triangle de droite (Figure 1) puisque nos hypothèses de départ concernent les intuitions des praticiens de la biodynamie basées sur l’observation de la nature et leur rapport vivant avec elle. Ce cadre peut être considéré comme le point de départ pour notre recherche. Néanmoins, les arguments venant de la science conventionnelle concernant le sujet étudié vont être présentés également, car l’approche holistique pour la recherche en biodynamie, comme la biodynamie elle-même, n’exclue pas de son système de réalité la réalité physique. En même temps, on verra plus tard que les phénomènes observés ne peuvent pas être expliqués par le biais des résultats de la science cartésienne seules. (?) Les méthodes dites holistiques vont donc compléter les résultats. »

Par contre, le troisième travail, celui de LLB, est beaucoup moins prolixe sur l’anthroposophie ! Même s’il paraît adopter les effets de la lune sur les plantes, l’auteur souligne plusieurs fois les cas où les affirmations de Steiner n’ont pas été vérifiées, et il ose parfois contredire les prescriptions du maître.  Ainsi : « Concernant les affirmations de Steiner (1924) sur l’augmentation de la pression des maladies cryptogamiques lors des phases de pleine lune, il n’y a aucune publication scientifique qui puisse confirmer ces propos. » De plus il adopte la méthode officielle d »expérimentation des produits antifongiques industriels : « L’utilisation du protocole CEB °007 est recommandé pour étudier les propriétés d’une préparation afin de pouvoir comparer des résultats obtenus avec ceux provenant d’expérimentations menées ailleurs. Dans notre cas nous avons suivi des indications de la norme OEPP PP 1/31(3) (Évaluation biologique des fongicides : Plasmopara viticola). » Ce type de travail est donc beaucoup plus proche d’un travail universitaire classique.


 

TECHNIQUES EXPÉRIMENTALES

Les trois expérimentations concernent la comparaison entre les mêmes préparations de prêle (equisetum arvense), en  : décoction simple, décoction fermentée selon le procédé biodynamique, décoction en dilution D5 (au cent millième), et Lichtdünger (=D5 de décoction de Dioscorea batata (racine de lumière) additionné de D7 de décoction de prêle).  LT teste également la décoction d’une autre prêle, equisetum maximum qui se révélera inefficace.

Par contre les techniques de mesure d’efficacité sont différentes selon l’étudiant. Les uns utilisent (« ne prétendant pas à elle seule apporter la vérité (…)  mais comme méthode complémentaire ») des méthodes globales d’observation telles que « profil de sol » –très subjective–(LT) et morpho-chromatographie (MB), initiée par E.Pfeiffer, sur les indications de R.Steiner, qui cherche à mettre en évidence les forces vivantes et l’harmonie constitutionnelle d’un sol, d’une plante ou d’un aliment. De telles méthodes seraient loin de convaincre un lecteur scientifique, et sont en fait abandonnées, même par Demeter.

1 ) LT et MB ont réalisé un test « in vitro » plus crédible : le comptage de la germination des spores sur des cultures de feuilles atteintes par le cryptogame. Méthode inspirée de celle du FREDON (Fédération RÉgionale de Défense contre les Organismes Nuisibles) Pour le cas de LT, « Aucun comptage n’appuyant un autre de façon cohérente, on peut affirmer que cette expérimentation a échoué. Rien ne peut être dit, si ce n’est qu’on observe peu de différences entre les modalités, et que certains paramètres sont à revoir ». L’ analyse de cet échec par LT lui permet cependant de tirer des conclusions pour des essais ultérieurs : CE QUI CONFIRME LA NÉCESSITÉ ABSOLUE DE PUBLIER LES RÉSULTATS NÉGATIFS, ce que ne fait pas le MABD, qui se contente de souligner les multiples causes d’échecs.

Dans le cas de MB, le traitement statistique des résultats (que MT n’utilise pas !)  lui permet d’affirmer « les traitements à base d’Equisetum arvense ont un effet significatif sur le nombre total de sporange produits par dix fragments de 2 mm², et donc sur la capacité de dispersion du pathogène. On peut également conclure que les traitements ont un effet antigerminatif sur le pathogène, en s’appuyant sur la littérature analysée et sur nos résultats. De plus, une différence entre les modalités DEA, DEAF par rapport au témoin non-traité a été observé (d’après le test paramétrique). Une augmentation du nombre des répétitions peut aider à affiner les résultats. Quant à la deuxième variable étudiée, à savoir le temps nécessaire pour les premières germinations des oospores, la puissance du test est insuffisante pour pouvoir conclure sur un effet significatif des traitements à base d’Equisetum arvense sur cette variable. L’efficacité des traitements calculée selon la formule d’Abbott n’est pas non plus  significativement différente entre les modalités étudiées. La faible puissance du test ainsi que la différence importante entre les jours de mise en culture des échantillons (blocs) empêchent de voir cet effet s’il existe réellement. »

Je tiens à souligner la modestie dans l’exposé des conclusions, significative de tout analyse statistique. Et qui tranche avec ce que publie triomphalement le MABD, en viticulture, tels que l’augmentation de 30% de la matière organique en 8 mois par rapport à une autre vigne en bio simple !

2) Les trois expérimentateurs ont également effectué des observations « en plein champ », sur le développement foliaire de la vigne (un excès de vigueur étant supposé sensibiliser la vigne au parasite)

MB : effectue la mesure de la surface foliaire, des entre-cœurs, de la densité du couvert végétal, et enfin de l’indice de statut azoté. Elle note, après analyse statistique  un effet supérieur au témoin de la décoction simple sur la vigueur de la vigne la part des entre-coeurs par rapport à la surface totale de la vigne de la modalité, mais sans pouvoir distinguer un traitement plus efficace. Et, résultat si surprenant qu’elle l’élimine, les autres préparations augmenteraient la sensibilité au mildiou ! « Puisqu’un entassement important de la végétation est préjudiciable au microclimat des grappes (Smart et Robinson, 1991), on peut conclure que les modalités DEAF, D5, LD et T (témoin non-traité) augmentent la sensibilité des vignes à l’arrivée du mildiou si les autres conditions sont réunies. Néanmoins, du fait que l’augmentation de la vigueur de la vigne grâce à l’application des traitements à base d’Equisetum arvense n’est pas mentionnée dans la littérature étudiée et que son mode d’action n’est pas clair, les résultats obtenus doivent être pris en compte pour des expérimentations supplémentaires.« 

LT ne donne pas de détails sur son mode de mesure en plein champ sur l’efficacité de la prêle contre le mildiou de la vigne. Elle conclut pourtant à la supériorité de la décoction fermentée, « mais LD (« lichtdünger« ) et DEAD5 (dilution D5 de la décoction) présentent également de bons résultats. »  ce qui est en somme un peu court…L’analyse statistique n’a pas été faite.

Enfin LLB  effectue les mesures de : 1.de la fréquence d’attaque des feuilles, 2.des grappes, et 3. l’intensité d’attaque sur grappe, et il traite statistiquement ses résultats, analyse qui ne lui permet pas finalement de tirer des conclusions valides.

efficacité prêle-cuivre LLB

« Conclusion sur l’analyse des résultats Après analyse statistique des résultats, on s’aperçoit que le cuivre reste la protection la plus sûre pour lutter préventivement contre le mildiou. Ensuite sur la variable de l’intensité d’attaque sur feuille, la Lichtdünger a montré une différence significative avec le témoin, ce qui prouve que la prêle seule a un effet sur le développement du mildiou confirmant les recherches de Bardon (2011). Mais ce résultat a pu être vérifié uniquement sur cette variable. En observant les autres paramètres analysés, les préparations à base de prêle n’ont pas été statistiquement différentes du témoin. Cependant si l’on fait une méta-analyse des paramètres étudiés on s’aperçoit qu’une tendance se dégage, le témoin présentait toujours les taux d’intensité ou de fréquence les plus élevés. Certes cette différence n’est pas significative mais force est de constater que la prêle a quand même un effet sur le développement de Plasmopara viticola. » (…) si l’on analyse les autres paramètres étudiés c’est la modalité DEA qui présente la meilleure efficacité, mais ceci n’est qu’une tendance non démontré statistiquement. Il semble donc impossible de dire qu’elle est la meilleure façon de préparer la prêle, et serait judicieux de renouveler cette expérimentation pour confirmer ou non ces résultats. »

Il constate en outre que le respect du calendrier lunaire n’est pas judicieux, « surtout quand celles-ci sont espacées de plus de quinze jours. En effet il est arrivé qu’il tombe jusqu’à 20 millimètres de pluie entre deux traitements ce qui lessive complètement un produit cuprique dans lequel il a été ajouté des adjuvants pour augmenter la tenue du produit sur la feuille. Alors je pense qu’un produit naturel uniquement à base de prêle est lessivé plus rapidement, ce qui favorise davantage le développement des maladies cryptogamiques. Il me semble que vouloir appliquer les traitements en suivant les indications de Steiner met en péril l’objectif principal de l’étude qui est de connaître la meilleure façon pour préparer la prêle, car cela laisse de trop grandes fenêtres de temps favorable au développement et à l’installation de l’agent pathogène ».

Il note également que le traitement sur le sol ne convient pas, bien que recommandé par Steiner qui incriminait le sol plutôt que le cryptogame : « Les quatre premiers traitements ont été appliqués au sol en raison de l’absence de végétation, mais les suivants ont été pulvérisés sur feuillage. Si l’on avait suivi à la lettre les recommandations du cours aux agriculteurs (1924), on aurait dû pulvériser les traitements directement au sol tout au long de la campagne. Mais lors de toutes les études récentes qui montrent de bons résultats réalisés sur l’efficacité de la prêle, les pulvérisations ont été effectuées sur le végétal. Ainsi nous avons choisi de réaliser les traitements sur le feuillage dès que possible ».

Concernant la dilution dite « homéopathique » D5, il souhaite des doses beaucoup plus élevées : « Lors de ces essais la prêle a été appliquée à une dose de 100g/ha pour la modalité DEA et DEAF, et en quantité encore plus faible pour les modalités D5 et LD. Au vu des résultats obtenus, est-ce que la dose de prêle utilisée n’est pas trop faible pour pouvoir lutter efficacement contre le mildiou ? (…) Dans notre expérimentation la prêle est employée à une dose six fois moins concentrée que la dose de référence pour le cuivre, alors que ces effets sont indéniablement plus faibles. Il semblerait donc que la dose de 100g/ha de prêle soit trop faible pour lutter durablement contre Plasmopara viticola. Il serait intéressant de mettre en place des expérimentations sur les doses de prêle à appliquer, en utilisant la prêle à 100, 200, 400 et 600g/ha, en réalisant des traitements préventifs et ainsi observer  si l’augmentation de la dose permet d’augmenter l’effet anti-germinatif afin de lutter durablement contre le mildiou. »

Enfin, dernière remarque de LLB : il souligne les risques encourus par les vignerons lors de tels essais, en particulier pour le lot « témoin » non traité : « l’expérimentation a dû être arrêtée car la pression de la maladie était trop importante pour continuer à protéger la vigne uniquement avec de la prêle. Après discussion, les vignerons ont donc repris leurs traitements phytosanitaires habituels pour essayer de sauver la récolte.« 

J’AI TENU A DÉVELOPPER ces trois études universitaires pour montrer LES DIFFICULTÉS D’UNE EXPÉRIMENTATION SÉRIEUSE : les trois étudiants ont produit des résultats divergents, et qu’ils considèrent comme insuffisamment probants si on tient des analyses statistiques. De nouveaux essais doivent être réalisés. Cette fois en utilisant des méthodes reconnues, sur un protocole élaboré par un spécialiste de ce type de travail, analysé statistiquement, vérifié par un organisme indépendant, et qui serait toujours publié, même si contredisant l’hypothèse de départ. Les risques de perte pour les agriculteurs se prêtant aux essais devraient être couverts par une assurance. Les pires circonstances sont réunies 1. si l’expérimentateur est, à l’avance, persuadé –par idéologie–de la positivité des résultats 2. s’il se charge lui-même de le diffuser ou non.

HÉLAS C’EST LE CAS DES PREUVES DIFFUSÉES SUR LE NET PAR LE MOUVEMENT D’AGRICULTURE BIODYNAMIQUE.

On attend aussi depuis près d’un an la publication des résultats de l’essai « VITIDYNRHO », organisé par la Chambre d’Agriculture du Vaucluse, mais sous la conduite…du responsable du MABD ! Il s’agissait, en particulier de comparer les effets des préparats 500 et 501 sur la résistance aux maladies cryptogamiques, par rapport à une conduite en bio. Résultats qui auraient une importance essentielle sur la crédibilité de la biodynamie, s’ils se révélaient incontestables, puisque Steiner prétendait que ces attaques ne devaient pas se produire sur des sols équilibrés par les préparats. La publication en est obligatoire, puisque les travaux ont été financés par le CASDAR, sous l’égide du Ministère de l’Agriculture. Patientons !

vitidynrho MABD

Si les résultats ne se révélaient pas scientifiquement convaincants, d’autres essais devraient être entrepris : le MABD a toute possibilité de demander ce genre de recherche scientifique au centre de la ferme expérimentale de Volpelière appartenant à Mme Nyssen. Ce centre a en effet comme « personne source » Jean-Michel FLORIN, coordinateur du MABD et depuis 2010,  codirecteur de la Section d’Agriculture de l’Université libre de science spirituelle du Gœtheanum (Dornach- Suisse), qui est le centre même de la sphère anthroposophique.

Faute de quoi, force serait alors de constater que les anthroposophes préfèrent maintenir leurs « preuves expérimentales » à l’abri dans un cercle fermé. Au risque de conforter encore le reproche de dérive sectaire qui leur a déjà été fait.

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DIFFICILE MISE EN PLACE Pour les modalités DEA, DEAF et cuivre il y a trois répétitions par parcelle, tandis que les autres modalités ne possèdent que deux répétitions (tableau n°3). En effet, comme il s’agit d’expérimentation en plein champ, ce sont des vignes qui nous sont mises à disposition gratuitement par des vignerons, qui peuvent accuser une perte de récolte car il n’y a aucun traitement soufré, ni cuprique de réalisé. Il est donc difficile d’obtenir une surface permettant d’installer trois répétitions pour chaque modalité comme cela est recommandé pour réaliser une expérimentation fiable et répétable.

Pour obtenir un dispositif expérimental solide avec un dl résiduel supérieur ou égal à douze, il faudrait envisager une randomisation totale, c’est-à-dire quatre blocs, avec quatre répétitions pour chaque modalité, mais ce dispositif est impossible dans notre cas car les vignerons ne peuvent pas nous mettre à disposition des parcelles d’essai aussi grandes.

En effet, l’expérimentation a dû être arrêtée car la pression de la maladie était trop importante pour continuer à protéger la vigne uniquement avec de la prêle. Après discussion, les vignerons ont donc repris leurs traitements phytosanitaires habituels pour essayer de sauver la récolte.

Car une année comme celle-ci, les maladies cryptogamiques ont pris le dessus sur le potentiel effet positif de la prêle. On sait qu’il est impossible de tenir une saison complète uniquement avec des tisanes, décoctions de plantes ou huiles essentielles. Ce ne sont que des compléments aux traitements phytosanitaires qui vont aider la plante à se défendre, ou avoir un effet direct sur les agents pathogènes. L’ajout de cuivre permettrait de ralentir le développement des maladies et donc de maintenir l’expérimentation jusqu’au bout de la saison en rassurant le vigneron sur la potentielle perte de récolte.

 

 

 

 

 

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