Rabhi, ou le retour à la terre d’un anthroposophe honteux ?

retour à la terre

Une nouvelle interview de Rabhi a été livrée sur France-Inter le 26 octobre 2017, en promotion de son nouveau livre, dernier né d’une impressionnante série.

livres rabhi

Il nous a répété ses convictions de la nécessité d’une modération heureuse, (il faut espérer que sa production littéraire, fort peu modérée par contre, le rende malgré tout heureux). La journaliste a tenté sans grand succès de lui faire préciser ses positions sur l’interdiction du Glyphosate, Rabhi ne s’engageant pas au delà de la condamnation du manque d’intelligence d’une société qui surproduit à coup de pesticides nuisibles à la planète, quitte ensuite à poser quelques « rustines », sans aller jamais  jusqu’à la racine du mal.

C’est la logique libérale dans laquelle nous sommes, lui suggère Léa Salamé, sans obtenir de positionnement précis à ce sujet. Elle insiste sur l’obsession de Rabhi , le « retour à la terre » –« mais comment on fait pour résister à la frénésie du monde quand on a pas de jardin ? »–ça c’est une question de politique globale…c’est pas simplement… «  Mais il abandonne bien vite cette voie politique essentielle, pour une phrase si complexe que je la transcris in extenso : « La nation a-t-elle défini son mode fonctionnement en intégrant évidemment toute la part, qui est la part de l’agriculture, de la terre qu’on est en train de détruire d’ailleurs,… les semences par exemple, etc…puis sur la boulimie du gain… (c’était un début prometteur, mettant en cause les décisions démocratiques, mais il dévia alors embrayant sur ses poncifs habituels).

En désespoir de cause, et le le temps passant, Léa Salamé lui demande alors en un mot le message, le seul message qu’il aimerait délivrer ?« Soyons en accord et en harmonie avec les lois de la vie. C’est tout. Une fois qu’on est en accord avec les lois de la vie, plutôt que de la détruire, alors à ce moment là on se met…des chances d’être en équilibre avec la vie, alors à ce moment là c’est la seule voie par laquelle on peut être heureux ».

Étiqueté « philosophe » par tous les média, Rabhi nous laisse pourtant sur notre faim : À quelles lois de la vie fait-il référence ? Google, interrogé sur ces termes,  est encombré de références ésotériques New Age. « La vie » ne parlant pas, il faut un maître pour faire connaître ses lois ! Un peu de clarté « philosophique » vis à vis des médias serait la moindre des choses, puisqu’il s’agirait, pour chacun, de s’y conformer pour atteindre bonheur !

Ailleurs, on croit comprendre mais à peine mieux :« « Terre mère, terre nourricière » n’est pas une métaphore poétique, c’est une réalité absolue ! »(…) J’essaie de vivre sur des principes qui ne sont pas ceux du « produisons, détruisons et polluons », mais du « produisons, valorisons et améliorons ». Nous sommes face à un choix radical : soit nous nous nourrissons en détruisant la terre qui nous nourrit, soit nous nous nourrissons en entretenant la vie, la terre pour nous-mêmes et les générations à venir.

Son altercation avec Géraldine Muhlmann  sur la bonne nature est symptomatique ! (video ci-dessous : les Grandes Questions, la 5) (Agrégée de philosophie (1994) et de science politique (2003), diplômée de l’Institut d’études politiques de Paris, obtient son diplôme de journalisme à l’université de New York en 1996. Géraldine Muhlmann devient ensuite enseignante à l’université Panthéon-Assas Paris 2, en étant rattachée au Centre d’études et de recherches de science administrative et à l’université Paris XI.)

Car Rabhi a fait sienne la conviction de Steiner qui nie les agents pathogènes cryptogamiques (mildiou et oïdium) : pour lui, c’est seulement un déficit en « forces » : En réponse à une question sur les maladies végétales par exemple, Rudolf Steiner expliqua qu’en réalité ce n’était pas en premier lieu la plante qui était malade mais l’environnement et particulièrement le sol, qui pouvait tomber malade. Il fallait donc chercher les causes des prétendues maladies des plantes dans l’état du sol et de l’environnement. (voir aussi mon article « crédibilité, efficacité ? »)
« Il faut prendre au sérieux les paroles de Rudolf Steiner dans le cours aux agriculteurs sur le fait que si le phylloxera s’est abattu dans les années 1880, (c’est-à-dire bien avant l’usage des engrais nitratés honnis par Rabhi !) sur de vastes étendues de vignobles, c’était parce que le sol était épuisé, les traditions aussi et que l’on ignorait l’influence cosmique, aussi bien celle qui agit à travers l’air en passant par ce qui est au dessus du niveau du sol que celle qui agit d’en bas par l’intermédiaire de la Terre ». ADIEU L’agriculture « de nos pères », chères aux traditionnalistes

 Cette prétendue « philosophie » de Rabhi, obscure, fondée sur un rapport à la terre-mère, a bien sa source dans une  idéologie, celle d’un Rudolph Steiner, que, depuis des années, Rabhi se garde bien de citer. Pourtant,  dans son ouvrage « Du Sahara aux Cévennes», réédité en 2002, il avait écrit :
« La méthode d’agriculture dite biodynamique de l’anthroposophe autrichien Rudolf Steiner me semble apte à répondre à l’exigence de globalité. Elle éveille la conscience à la notion de subtilité, comme le fait l’homéopathie dans le domaine des substances. On ne tient plus seulement compte des mécanismes et des effets les plus évidents, mais aussi des phénomènes qui, bien qu’échappant à notre analyse, n’en produisent pas moins des effets probants, comme l’utilisation des préparats. »

Rabhi  parle maintenant de ses convictions ésotériques seulement devant des public acquis.  Ainsi le 22 mars 2013 il est enregistré lors de sa  présentation enthousiaste des prescriptions biodynamiques de Steiner, relatée sur Youtube :

 

Plus près de nous, le 14 juin 2016, notre héros était reçu en grand pompe à l’école  Steiner-Waldorf Perceval de Chatou, pour donner une conférence sur sa vie, commentée ainsi par le site de l’école :

« Installé près du village de Lablachère, Pierre Rabhi a eu une première expérience en tant qu’ouvrier agricole où il a pu voir les quantités importantes, inconsidérées, d’engrais chimiques et de pesticides qui étaient utilisées dans l’exploitation agricole. Véritablement choqué par ces pratiques, il s’est posé la question de pourquoi on ne peut pas cultiver la terre sans la polluer, sans l’empoisonner. C’est à ce moment que son ami Pierre Richard, médecin qui fût également à l’origine de la création du parc national de Cévennes, lui a conseillé la lecture du livre La Fécondité de la Terre – La rétablir, la maintenir d’Ehrenfried Pfeiffer, homme à la fois chimiste et agronome. Ce livre donne les bases de la méthode bio-dynamique en agriculture à partir des travaux de Rudolf Steiner qui est le père fondateur dès les années 20 de cette approche agricole.

« Cela m’a beaucoup aidé de savoir que des personnes, des penseurs se souciaient déjà de l‘harmonie que doivent avoir les êtres humain avec la vie, avec la nature. Cela a été ma première initiation à la biodynamie », a ainsi expliqué Pierre Rabhi.

Il a également ajouté que ce qu’il trouvait d’intéressant dans la proposition de Steiner c’est qu’il lie le ciel, la terre et les éléments avec une vision que tout est dans tout, tout est pour tout. Il a ensuite appliqué les principes biodynamiques sur sa ferme avec des résultats qui l’on convaincu que c’était une bonne voie, « une voie juste ».…Au niveau de l’éducation, Pierre Rabhi s’est dit tout à fait en accord avec les principes steineriens, les trouvant très justes et intéressants. Il trouve ainsi tout à fait normal de venir à l’école Waldorf pour en parler et surtout pour témoigner, pas simplement pour apporter des théories tout en ajoutant avec humour qu’il n’est pas la « vérité incarnée ».


L’école de Chatou conclut : il ( (Steiner) est aussi, avec son disciple Ehrenfried Pfeiffer, l’un des pionniers de l’agriculture biologique/bio‐dynamique. Et ce sont ces pratiques agricoles et leur vision du Vivant qui ont inspiré Pierre Rabhi qui a ensuite développé le concept d’agroécologie. »

On connaît aussi les liens de Rabbhi avec les « COLIBRIS », qui ne cachent plus leur relation avec l’anthroposophie et acceptent le mécénat du Labo anthroposophique WELEDA (labo qui a aussi financé les travaux délirants (1991-2001) des anthroposophes pour mettre au point un moteur marchant aux « forces éthériques ») :

weleda anthroposophie

Comment comprendre l’aveuglement général des média placés devant une  star aussi fuyante, mais dont ils entretiennent régulièrement la gloire ? Comment accepter un tel manque de curiosité sur cette  idéologie occultiste d’un retour à la terre particulièrement démobilisateur, et aux relents historiques malodorants?

Pourtant, dès les années 80, le peu de compétences de Rabhi était révélé par…René DUMONT, ingénieur agronome, et candidat à la Présidence de la République !

 

la terre ne ment pas PÉTAIN