ENCORE UN FAUX-NEZ AU DOMAINE DU POSSIBLE : LA « SPIRITUALITÉ LAÏQUE »

L’ ANTHROPOSOPHIE  N’EST  PAS LAÏQUE,  ET  SA  SPIRITUALITÉ SE MÊLE DU MONDE MATÉRIEL

TOUTE LA CONFUSION VIENT DU FAIT QUE STEINER PRÉTEND ASSIMILER SES CONCEPTIONS « spirituelles » (récit) À UNE DÉMARCHE SCIENTIFIQUE (ci-dessous)

Je vais essayer d’être simple, ce dessin peut y contribuer, merci Wikipédia !

Il y a deux ans Mme Nyssen, notre Ministre de la Culture, a organisé une rencontre avec des anthroposophes et diverses personnalités intellectuelles et artistiques. Son école « Steiner » donne aux enfants l’opportunité de découvrir la magie  Biodynamique.

nyssen au masque

« Bodo von Plato a conçu et organisé avec Isis von Plato, Praxède Dahan et Jean-Michel Florin la série d’événements, à laquelle furent conviés des artistes et intellectuels connus, pour explorer les dimensions d’une spiritualité tournée vers le monde » 

… »cette démarche était l’une des parades que la Fédération des écoles Steiner-Waldorf avait mis en place, suite aux accusations de sectarisme survenue en 2000. Il fallait absolument, depuis cette époque, se donner les moyens de pouvoir présenter des garants extérieurs, que des personnalités universitaires proches de mouvements spiritualistes allaient pouvoir leur fournir, tel René Barbier, adepte de Krishnamurti. La combine consistait à toiletter toute l’Anthroposophie des écoles Steiner-Waldorf en lui donnant des aspects plus présentables, masquant sa vraie nature aux yeux d’un public non averti. Parmi les stratagèmes utilisés, il y avait le concept de « spiritualité laïque ».

Grégoire Perra, témoin irréfutable, continue : »Quel est l’intérêt des hauts dirigeants de la Société Anthroposophique et des écoles Steiner-Waldorf à s’afficher ainsi avec des personnalités médiatiques représentant cette « spiritualité laïque » ? Tout simplement de pouvoir prétendre que les écoles Steiner-Waldorf ne seraient pas sectaires, puisqu’elles s’inscriraient ainsi dans le cadre d’un mouvement certes spiritualiste, mais en aucun cas religieux. Tout est fait pour affirmer aux yeux du public que l’Anthroposophie serait non pas une nouvelle religion, mais une « démarche de connaissance » des mondes spirituels, transcendant toutes les religions ».

L’assemblage de ces deux termes d’apparence antinomiques, concernant le concept  de « spiritualité laïque », a déjà fait couler beaucoup d’encre. On peut lire ainsi L’esprit de l’athéisme. Introduction à une spiritualité sans Dieu d’André Comte-Sponville, Éditions Albin Michel, 2006, 222 p. Je n’espère pas atteindre de tels sommets, et pourtant essayer de faire simple. Trois parties 1-L’anthroposophie est-elle « laïque » ?, 2-sa spiritualité n’est-elle pas, au moins ambigüe ? 3-Les conséquences.

1- L’ANTHROPOSOPHIE, LAÏQUE  ? Alors que, pour Steiner,  c’était sa christologie qui formait comme la clé de voûte de son système !

autrement dit a-t-elle un lien avec une confession religieuse, c’est-à-dire  l’affirmation d’une foi, d’une croyance ? Comme tout ce qui concerne cette idéologie, il semble que déjà, la confusion soit organisée ! Car il y a bien une confession religieuse, « la Communauté des Chrétiens » avec des liens étroits avec l’anthroposophie, crée à Dornach par des théologiens en  1922, qui avaient demandé conseil à R.Steiner : celui-ci ne leur  accorda pas moins de 29 conférences. « A l’aide de ses facultés de « clairvoyance » Steiner dota la Communauté de ses formules liturgiques ; il agit en tant que conseiller et intermédiaire avec le monde spirituel » (F.Mayer (Fiche extraite du « Dictionnaire des groupes religieux aujourd’hui (religions – églises – sectes – nouveaux mouvements religieux – mouvements spiritualistes) » du P. Jean VERNETTE et Claire MONCELON – Puf – 1995 ). Cependant Il avait toujours insisté sur le fait que la Société anthroposophique n’est pas une Église, et qu’elle n’a pas non plus le dessein de fonder une Église nouvelle. Elle laissait bien plutôt à chacun la liberté entière d’organiser sa vie religieuse comme il l’entendait. Admettons cette affirmation, bien que cette Communauté comprenne de nombreux anthroposophes. Il n’en reste pas moins que les deux groupes ont la même source, puisque la théologie de la communauté des chrétiens «se fonde pour l’essentiel sur la science spirituelle de Rudolf Steiner», qui qualifia un jour cette communauté de «fille du mouvement anthroposophique» (Flensburger Hefte 1988a:59-60). la fondation de la communauté put avoir lieu parce que Rudolf Steiner était «le messager d’une nouvelle époque christique» («der Bote einer neuen Christuszeit») (Flensburger Hefte 1991:22).

—-Si l’on admet quand même son indépendance d’une confession religieuse, la doctrine de Steiner serait donc laïque ?

—-Certes pas ! « Lui-même a dit que c’était sa christologie qui formait comme la clé de voûte de son système. S’il a été amené à donner ainsi au Christ une place centrale (ce qui suscita l’incompréhension des théosophes pour qui celui-ci n’est qu’un maître de vérité parmi beaucoup d’autres), c’est à partir d’une prise de conscience qui s’est opérée au plus profond de lui-même. »… »je dus plonger moi-même dans la réalité du christianisme, c’est-à-dire dans le monde où l’esprit lui-même s’exprime à ce sujet. » Ces phrases caractérisent très précisément le chemin steinérien. Le philosophe fut conduit à une expérience bouleversante qu’il qualifia d’« événement principal de sa vie », mais auquel il n’a fait que discrètement allusion en ces termes : « Le fait de m’être trouvé devant le mystère du Golgotha par un acte solennel de connaissance intérieure, a marqué toute l’évolution de mon âme. »Il a exposé sa christologie dans des cycles de conférences sur les Évangiles et l’Apocalypse : «Mon développement intérieur exigeait un pèlerinage spirituel au Golgotha et une contemplation solennelle de la Croix, au moyen du regard grave et profond de la connaissance… Je puis seulement vous dire ceci : c’est la même manière d’expérimenter qui m’a fait trouver dans les sciences la vérité et dans le christianisme le fait mystique.» Ainsi, même sans lien avec une confession religieuse connue, Steiner exprime lui-même (confesse) des affirmations de croyance christologique éloignées de toute laïcité.

2- UNE SPIRITUALITÉ AMBIGÜE  : Steiner amalgame les domaines de la spiritualité et du monde matériel

Définition : Selon le CNTRL ( Centre National de Ressources Textuelles et Lexicales) la spiritualité a pour objet la vie de l’âme, la vie religieuse, c’est aussi l’ensemble des croyances, des principes ou des règles qui inspirent la vie de l’âme, le mysticisme religieux d’une personne, d’un groupe, d’une époque. Le  portail lexical indique aussi que la spiritualité est la qualité de ce qui est de l’ordre de l’esprit (considéré comme un principe indépendant), de ce qui concerne l’esprit ou dont l’origine n’est pas matérielle.

Le mot MATÉRIEL est important ! Car contrairement aux autres spiritualités, Steiner amalgame les domaines de la spiritualité et du monde matériel dans une même approche, qu’il prétend « scientifique », « Je puis seulement vous dire ceci : c’est la même manière d’expérimenter qui m’a fait trouver dans les sciences la vérité et dans le christianisme le fait mystique.» Et en cas de divergences de résultats, c’est son investigation spirituelle dans les mondes supérieurs qui prime !   « En réalité il n’existe aucun résultat scientifique qui contredise l’investigation spirituelle. Tant que l’on ne consulte pas de toutes parts et sans parti pris les résultats des sciences, on peut aisément croire que tel ou tel jugement scientifique est en contradiction avec les communications concernant les mondes supérieurs. Plus on aura comparé avec une impartialité totale la science spirituelle aux résultats positifs des sciences, plus on trouvera que la concordance est parfaite. »( préface de 1909 de l’Initiation écrite par Steiner (GA 10, EAR, p.8) ) « . »Mais en ayant le temps et la patience de s’intéresser à la chose, on finit par voir qu‘il ne peut y avoir la moindre contradiction, entre ce qui procède de la science spirituelle et des données que peut fournir la science extérieure. »[Physiologie occulte – GA 128 – p. 80]. Il ne s’inquiète nullement que ses résultats paraissent irrationnels : « Cependant une autre partie des communications de la science spirituelle échappera plus ou moins au jugement purement rationnel.(…) ce n’est pas la raison seule qui peut être juge en matière de vérité mais aussi le sentiment sain… » Car Steiner est allé aux meilleures sources : Il a été un des rares occultistes à avoir prétendu pénétrer dans la supposée « banque de données » de toute les connaissances universelles, les fameuses « Chroniques de l’Akasha »  Des parties significatives de son œuvre volumineuse consistent en exposés exhaustifs d’événements historiques. Il a fourni des détails sur l’Atlantide et d’autres civilisations perdues. Il a corrigé les Évangiles, révélé les secrets des anciens prêtres égyptiens, etc. Il aurait appris tout cela de la chronique de l’Akasha…

Puisqu’il a expérimenté AUSSI BIEN DANS LE SPIRITUEL QUE DANS LE MATÉRIEL, la compréhension totale de  l’ensemble de ses affirmations et de ses prescriptions est réservée à ceux qui suivront le même parcours spirituel exceptionnel. Ce qui exige le respect de limites à l’information, et la soumission à un Maître : je cite ci-après le résumé de Conceptus Zeitschrift für Philosophie XXV (1991), N°64, pp. 37-49, de Sven Hanson, Uppsala, (les notes renvoient au texte en référence)

« En anthroposophie, toutefois, il y a des limites strictes à l’information qui doit être accessible aux non-initiés. Les sens physiques du disciple lui dérobent « des choses qui, s’il n’est pas préparé, le jetteraient dans la confusion totale; la vue de ces choses serait plus qu’il ne peut supporter. L’élève [Geheimschüler] doit être capable d’endurer cette vision. »(23) C’est une « loi naturelle parmi tous les initiés » de ne révéler aucune information à ceux qui ne sont pas préparés à cela.(24)

« Vous pouvez le flatter, vous pouvez le tourmenter: rien ne peut le pousser à divulguer quelque chose dont il sait qu’elle ne doit pas vous être divulguée, parce qu’au stade présent de votre développement, vous ne comprenez pas comment préparer votre âme à accueillir dignement ce mystère [Geheimnis]. »(25)(25) Wie erlangt, pp.3-4. (Knowledge pp.21-22)

Quelques individus, d’après Steiner, ont une personnalité qui facilite le développement de la clairvoyance. « Il existe des enfants qui considèrent certaines personnes qu’ils vénèrent avec un respect mêlé de crainte. Leur vénération pour ces personnes leur interdit, même au plus profond de leur âme, d’admettre la moindre pensée critique ou opposition à leur égard... De nombreux élèves de l’occulte [Geheimschüler] sortent des rangs de tels enfants »(5) Si un disciple n’est pas né avec cette aptitude, il est nécessaire qu’il « entreprenne d’engendrer en lui cette attitude de dévotion au moyen d’une auto-éducation rigoureuse ». La raison de cela, c’est que « toute critique, tout jugement rendu, dissipe les facultés de l’âme lui permettant de conquérir la connaissance supérieure, tout autant que la vénération respectueuse développe, au contraire, ces facultés ».(6)

DANS LES CONDITIONS DE CETTE « SPIRITUALITÉ » AMBIGÜE, LES PRESCRIPTIONS DE STEINER DANS LE DOMAINE DU MONDE MATÉRIEL DOIVENT DONC ÉCHAPPER A TOUTE CRITIQUE,  qui les mettrait à priori en question, comme par ex. pour comprendre la justification ou le fonctionnement de ses étranges recettes.

VOILÀ DONC LA RÉALITÉ DE CE QUE  Mme NYSSEN VOULAIT PRÉSENTER A SES INVITÉS COMME  « SPIRITUALITÉ  LAïQUE« .

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3- LES CONSÉQUENCES POUR L’ADEPTE  « TOUT VENANT » de prescriptions « révélées par les dieux » : appliquer les recettes sans curiosité

Séduit par les aspects poétiques et  mystérieux de cette étrange « spiritualité », le nouvel adepte est prêt à appliquer, plein de foi et sans curiosité scientifique, les prescriptions révélées par les dieux, dont le gourou a jalonné les domaines de l’école, de l’agriculture, de la physique, de la médecine, de l’art, de la politique ! Certes, quelques expérimentations–dont j’ai montré la faiblesse–tenteront de prouver l’efficacité des pratiques de la Biodynammie, mais sans jamais aller au delà d’une tentative de prosélytisme.

Je me contenterai de rappeler le cas de la biodynamie : les anthroposophes eux-mêmes qualifient « d’énigmes » le choix des diverses « enveloppes animales«  (corne de vache, vessie de cerf, crâne d’animal domestique, mésentère bovin etc…) à l’intérieur  desquelles doivent se « trans-substancier » les plantes choisies (d’ailleurs sur des critères obscurs). Mais on applique à la lettre les recettes magiques ! Je rappelle encore le sort réservé à cette Maria Thun, universellement admirée pour son « calendrier planétaire », et qui fut littéralement excommuniée pour avoir tenter de remplacer par des tiges d’arbres creusés ces « enveloppes animales » dont la loi interdisait l’usage pour cause de vache folle.

Le cas des « poivres anti-parasites » continue d’intéresser l’adepte, malgré une efficacité conditionnée à d’obscures configurations planétaires, que le célèbre américain Malcolm Gardner a tenté, en plusieurs pages fumeuses, de préciser par une (très) laborieuse exégèse des paroles sacrées du Maître.

Les analyses globales « de la vitalité », telles que la cristallisation sensible sont toujours citées, parce que recommandées à Pfeiffer par Steiner, alors que pour des raisons commerciales, le label biodynamique DEMETER l’a abandonné pour cause de non-reproductibilité.

la recherche d’une réaction chimique dite « sensible », destinée à montrer l’impact des diverses conformations planétaires (essais de Mme KOLISKO) ont échoué, mais ils ont été inlassablement repris par une association « ScIence », cherchant désespérément à se faire financer un capteur cette fois…éloctro-magnétique. !

Et comment pardonner cette incroyable bévue du Gœtheanum, qui s’étala sur vingt années, (1991-2011) à la recherche–sincère ou pas ?– du moteur fonctionnant à la force « éthérique », parce que Steiner l’avait cité plusieurs fois,

le sachant présenté aux USA –mais dans quelles conditionspar un certain KEELY ? La crème du Gœtheanum, « l’École de Science de l’Esprit » s’y était lancée à corps perdu, obtenant des fonds du Labo anthroposophique Weleda, pour son Anthro-Tech terré en Suisse dans un bunker blindé! Car le Maître l’avait dit : « il ne peut y avoir la moindre contradiction, entre ce qui procède de la science spirituelle et des données que peut fournir la science extérieure. » Certains prétendaient qu’il y avait urgence à mettre au point l’appareil pour éviter une catastrophe mondiale, (ils continuent en Écosse) tandis que d’autres rappelaient que Steiner avait -aussi- dit que l’engin ne marcherait qu’entre les mais de personnes d’une moralité exemplaire…

Pauvres anthroposophes, votre naïveté est pitoyable.

Hélas elle n’empêche pas de  stimuler l’ardeur des imitateurs, comme les inventeurs de ce Béton spirituel (dont est construite la nouvelle Église de la Communauté des Chrétiens à Colmar) ou ce pauvre paysan biodynamiste, qui, insatisfait des préparations recommandées par Steiner –ne fonctionnant plus à cause de la Bombe ! — en a inventé d’autres encore plus compliquées, dont celle à base de crotte de chien achève de me désespérer de l’intelligence humaine.

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