La bulle éclate ! « Terre et Humanisme », l’association de Rabhi, reconnaît que les préparations biodynamiques sont dépourvues de « validation scientifique rigoureuse »

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terre et humanisme autour de Rabhi

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J’ai de nombreuses fois montré combien Rabhi manifeste son accord enthousiaste avec les fumeuses théories ésotériques de l’anthroposophe Rudolph Steiner :

On reverra ci-dessous les vidéos où il exprime sa foi en la biodynamie qui devrait nous libérer « de la chimie » et instaurer la société rurale dont il rêve tant.

Comme chacun sait, la foi accomplit des miracles : c’est d’un miracle de Rabhi qu’il s’agit ici. Mais qui tourne mal.

 

Patrice de Colmont, « le magicien des saveurs d’antan »  est le richissime propriétaire du restaurant « Club 55 » , une légende du Golfe de St Tropez, sur la Côte d’Azur.

Il connaît Rabhi, j’allais dire évidemment, et l’apôtre de la sobriété heureuse en a fait un des premiers Colibris. Le miracle commence : De Colmont décide d’accomplir lui aussi le fameux « retour à la terre » prôné par l’ardéchois chéri des média. Déjà propriétaire d’une exploitation agricole et viticole à Ramatuelle,

il achète le splendide Château de La Mole, (183 hectares dont un aérodrome, petit mais célèbre), qui était resté près de deux siècles et demi dans la grande noblesse (c’était le château de la mère de St Éxupéry, celui-ci y fit de nombreux séjours).

Chateau de La Mole De Colmont

L’acquéreur a l’intention de remettre le domaine en exploitation, en privilégiant les techniques d’agriculture biologique. Quant au château proprement dit, il « restera un lieu tout à la fois privé et une sorte de «Villa Médicis de l’agro-écologie». Un lieu d’échange mondial où tous ceux qui veulent débattre et échanger autour de cela pourront venir se rencontrer ». (…)  « Tout ça, ces 183 hectares, c’est pour Pierre, dit-il. Ici, il va pouvoir fonder son temple de l’agroécologie. Le fruit des récoltes sera bien sûr destiné en priorité à mon restaurant mais il pourra, ici, recevoir, former, professer librement. Ce sera sa villa Médicis à lui. »

Selon Global TV, de St Trop’, « Pour la première fois. Patrice de Colmont, tout nouveau propriétaire de ce Domaine de 183 hectares et sympathisant Colibris de la première heure, a prêté ce Lieu pour qu’y soit célébré le premier anniversaire de l’association. Trois jours consacrés à l’agro-écologie, aux rencontres, aux échanges avec tout ceux qui veulent rétablir un Lien fort et sain à la Terre-Mère, la Terre Nourricière, aujourd’hui malmenée. Ce lieu, unique, dominant, traversé par une force tellurique palpable (!), nous offre une nature éblouissante: platanes géants multi centenaires, conifères triomphants, eucalyptus sans oublier la remarquable bambouseraie, forêt sur-réaliste où il fait bon se perdre avant de se rediriger vers le poulailler, le cochonnier, les corps de ferme, la grange, le lavoir, le four à pain…Vestiges d’une époque à laquelle le Château vivait en parfaite autonomie. Époque que veut re-créér Patrice de Colmont, en appliquant les méthodes de Pierre Rabhi, petit homme qui se bat de tout son cœur pour ré-ouvrir celui des hommes. A ce qui les fondent. Leurs racines. Au sens propre.« 

 Notre bon Rabhi, apôtre de l’ouverture du cœur par retour de chacun sur son petit bout de « terre-mère », se trouvera sans doute très à l’aise dans ce Château  monument de la jet-society, où il aura sa « Villa Médicis ».

POURTANT LE MIRACLE VA SE GÂTER  car l’association « Terre et Humanisme », qu’il a fondée, se démarque complètement de sa vedette   ! Voici en quelle occasion :

Cette association, promotrice de l’agro-écologie (à laquelle Mme Nyssen, Ministre de la Culture, avec ses amis anthroposophes sources de ses établissements d’Arles, associe tout naturellement la Biodynamie) envoie une véritable gifle à son fondateur, apôtre d’ailleurs de plus en plus discret de la biodynamie anthroposophique,  qu’il avait pourtant encore enseignée ouvertement en 1993 aux sœurs du Monastère orthodoxe de Solan. (Revue Études janvier 2014).

Méthode qu’il ne cite plus qu’en pays conquis, mais promue ouvertement par exemple dans « Du Sahara aux Cévennes», réédité en 2002 (Albin Michel édit.)
« La méthode d’agriculture dite biodynamique de l’anthroposophe autrichien Rudolf Steiner me semble apte à répondre à l’exigence de globalité. Elle éveille la conscience à la notion de subtilité, comme le fait l’homéopathie dans le domaine des substances. On ne tient plus seulement compte des mécanismes et des effets les plus évidents, mais aussi des phénomènes qui, bien qu’échappant à notre analyse, n’en produisent pas moins des effets probants, comme l’utilisation des préparats. »

Que s’est-il passé ? M. de Colmont, nouveau propriétaire du Château de La Mole, a demandé l’assistance de l’association de Rabhi afin de «  rétablir un lien fort et sain à la Terre-Mère, la Terre Nourricière, aujourd’hui malmenée » (…)

« Nous souhaitons, dans cette aventure, redonner au Château de la Môle sa vie agricole du 18ème siècle… nous y planterons des céréales anciennes ( petite épeautre, sarrasin etc…), des pieds de vigne, des oliviers et nous y ferons du maraichage selon l’éthique que nous est chère : celle de l’agroécologie ». Mais tout est à faire à la Môle, les terres anciennement cultivées sont devenues forêts et broussailles et il faut repenser les sols, redéfinir les plantations, trouver le bon dosage à faire au sein de cette propriété. .

La mission a été confiée à Olivier Hébrard,
A noter que les liens à ces textes ne fonctionnent plus : à la suite de mes interrogations, M.Hébrard a décidé de retirer ses écrits du Net, voir plus loin.

olivier Hébrard agro-écologiste

 

prestigieux chateau de La Mole

Mais M.Hébrard, le scientifique en mission pour « Terre et Humanisme », ne s’est pas cru autorisé à travestir la vérité : certes, il propose au nouveau châtelain  la méthode de Steiner, mais sans s’engager sur la validité de ses fameuses préparations magiques.

« une série de préparations naturelles à bases d’éléments minéraux, végétaux et animaux qui sont censés permettre de catalyser les forces cosmiques…. » Il recommande « un organisme agricole diversifié » et le respect des savoirs anciens « dans la mesure du possible le calendrier lunaire et les savoirs anciens basés sur ce calendrier devront être suivis sur le domaine du Château de la Mole ».(*)

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(*) on notera que M. Hébrard n’est pas au courant du discrédit lancé sur le calendrier « biodynamique : selon Manfred Klett, qui a dirigé la section d’agriculture du Gœthanum (1988-2001) et écrit dans Sternkalender édité par le Gœtheanum , « « l’extension mondiale de son calendrier des semis m’apparaît plutôt comme le symptôme d’un affaiblissement du mouvement biodynamique ». Quant au MABD, il déclare un peu « dramatique » que la biodynamie ait été rendue « lunaire » par Maria Thun.!

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Pour les préparations, en l’absence de véritables preuves scientifiques, le doute  doit prévaloir,

« Quant aux préparations biodynamiques, elles pourront être appliquées ou non, selon les affinités du porteur de projet avec cette vision-là de l’agriculture, sachant qu’à ce jour elles ne font malheureusement à notre connaissance l’objet d’aucune validation scientifique rigoureuse«  (on est bien loin des « effets probants«  affirmés par Rabhi ).

Si le représentant de « Terre et Humanisme » reconnaît quelques effets à la Biodynamie, ils sont subjectifs et concernent seulement « l‘expression des terroirs«  « Néanmoins,  de nombreux domaines viticoles français (parfois très prestigieux) ont fait le choix de la biodynamie, souvent avec un succès véritable dans le cadre de l’expression des terroirs) »

Et voici alors le plus grave doute exprimé par « Terre et Humanisme » : la biodynamie est-elle vraiment supérieure à la biologie ? On n’en sait toujours rien : comment, dit Hébrard, faire la part,  par exemple, de ce qui revient à une attention plus soigneuse des paysans, de ce qui reviendrait aux préparations elles-mêmes ?

« Toutefois, la question qui se pose est la suivante : les domaines en biodynamie sont-ils performants parce que les préparations développées par Rudolph Steiner ont une réel effet sur le vivant, ou bien parce que les paysans qui mettent en œuvre la biodynamie se placent plus que les autres paysans dans une démarche sensible qui reprend en partie les piliers évoqués dans les points ci-dessus ? Dans le cas du Château de la Mole, il serait donc intéressant de se placer à minima dans la démarche biodynamiste « d’organisme agricole » (approche globale, autonomie, calendrier biodynamique) sans toutefois nécessairement appliquer les préparations biodynamiques dans un premier temps. L’application ou non des préparations biodynamiques pourra alors se poser dans un second temps, selon les sensibilités, selon les sensibilités de M. de Colmont ».

UNE RÉPONSE DE OLIVIER HÉBRARD SUR SA CONTRADICTION AVEC Pierre Rabhi (texte intégral en cliquant sur le lien) : le scientifique me paraît déchiré entre sa prudence de scientifique rationnel et sa foi dans la « clairvoyance » de R.Steiner,

« notamment en raison du fait qu’elle qu’il était « pleinement favorable , et il explique : Ayant travaillé en institut de recherche, mais aussi en institut technique agricole (ITA), je n’ai malheureusement connaissance d’aucune référence scientifique solide (c’est à dire une publication internationale dans une revue scientifique à comité de lecture, de rang A) sur laquelle je pourrais m’appuyer pour étayer de manière pleinement objective les arguments en faveur de la biodynamie…. A mon grand regret, se suis toujours en recherche de telles références,….et donc si vous en connaissez, je suis vraiment preneur… Par ailleurs, pour y avoir longuement réfléchi lorsque j’étais ingénieur de recherche en ITA, cette question que j’évoque dans le texte se pose réellement :  » les domaines en biodynamie sont-ils performants parce que les préparations développées par Rudolph Steiner ont une réel effet sur le vivant, ou bien parce que les paysans qui mettent en œuvre la biodynamie se placent plus que les autres paysans dans une démarche sensible qui reprend en partie les piliers évoqués dans les points ci-dessus ?  » Je n’ai pas la réponse… »

Je salue la courtoisie et l’honnêteté de Olivier Hébrard, qui conclut par une sorte d’allégeance à Pierre Rabhi « Quoi qu’il en soit, à titre personnel (et au nom de TH), je suis pleinement favorable à l’usage des préparations biodynamiques. Dans ce texte, en aucun cas je ne contredis l’enseignement anthroposophique habituel de Pierre Rabhi ; pour être le plus objectif possible et sincère vis-à-vis de ce porteur de projet, j’associe juste la mise en place de cette approche à une prudence qui me semble légitime compte tenu de l’absence de références scientifiques solides.

Ces interrogations sur l’insuffisance de preuves scientifiques d’efficacité des préparations biodynamiques, font écho aux résultats décourageants publiés par l’Institut pour la recherche biodynamique, Institut für Biologisch_ Dynamische Forschung, créé en 1950. Aujourd’hui, l’IBDF emploie une vingtaine de collaborateurs dont 8 chercheurs scientifiques. Les stagiaires, étudiants de premier cycle et doctorants en agriculture et autres domaines connexes sont stagiaires à l’IBDF. Voici les conclusions d’un essai de fertilisation de blé de printemps, sur 11 années, en 4 répétitions : « There is obviously a great variation from year to year within both parameters and on average, from 11 years yield no difference showed between the treatments with and without the preparations (39.0 and 39.5 dt/ha, respectively). (« il y a évidemment une grande différence d’une année à l’autre …aucune différence n’a été montrée entre les traitement AVEC et SANS les préparations »). Plutôt que d’accepter l’échec, le chercheur utilise alors une astuce mathématique, pour supposer un « effet régulateur » des préparations, qui auraient diminué les rendements « les bonnes années », et les auraient augmenté les mauvaises ! À vérifier par un statisticien, qui dirait dans quelle mesure les écarts à la moyenne auraient pu être dûs au seul hasard.

QUE DEVIENNENT ALORS LES AFFIRMATIONS TRIOMPHANTES DU Mouvement d’Agriculture biodynamique (MABD) ?…

pas grand chose, comme l’article cité en tête -ci-dessous-  qui collationnait des résultats parfaitement contradictoires, sans chercher à valider leurs protocoles. Mais on remarquera par contre la non-citation des résultats insignifiants obtenus par la Chambre d’Agriculture des Pays de Loire qui tentaient de comparer viticulture Bio et biodynamique.

Que deviennent les effets quasi magiques présentés par tant de publications de ce mouvement, présentant par exemple, des hausses impressionnantes de matière organique, obtenues en quelques mois, etc…?

reéf scientifique du MABD

IL FAUT SOULIGNER LA POSITION HONNÊTE du représentant de l’association « Terre et Humanisme », qui eut le courage de rompre avec les douces illusions de l’indéracinable Rabhi, son fondateur, véhicule inconscient de l’anthroposophie, démentant ainsi implicitement les affirmations répétées du MABD.

Que Rabhi revienne sur lui-même, en reconnaissant la séduction abusive qu’il a subie, en admettant son erreur au sujet de la validité de la biodynamie de R.Steiner, et des effets de celle-ci, qu’il qualifiait de « probants« . Son opinion n’a aucune valeur scientifique ! (*)

L’agro-écologie s’en trouverait libérée de cette lourde hypothèque ésotérique. Et c’est en bonne voie : Terre et Humanisme n’enseigne plus que l’agro-écologie SANS MANIPULATIONS ALCHIMIQUES dans vessie de cerf etc…

Seul Rabhi persiste..mais la biodynamie va bientôt rejoindre le moteur éthérique au cimetière des errements délirants de l’anthroposophie

Et on cessera d’entendre des plaisanteries douteuses dans le genre de celle-ci : « la biodynamie c’est…Einstein, ça s’explique scientifiquement ».


(*) (**) voir l’article sur une méta-analyse de plus de 50 études sur la biodynamie, par la plus importante revu horticole des USA « Compte tenu de la maigreur de la littérature scientifique et du manque de données claires soutenant l’efficacité des préparations biodynamiques, l’agriculture biodynamique n’est pas distinctement mesurable de l’agriculture biologique et ne devrait pas être recommandée en tant que pratique scientifique en ce moment. »