La BIODYNAMIE sous le tapis… VIVE l’AGROÉCOLOGIE ?

LA BIODYNAMIE  REJOINDRA -T- ELLE  bientôt LE MOTEUR ÉTHÉRIQUE AU CIMETIÈRE DES PIRES ERREMENTS ANTHROPOSOPHIQUES ?

UNE CONFUSION ENTRETENUE

 Rabhi n’a pas dit un mot sur la biodynamie, lors d’un événement co-organisé par Cosciences et Radio Campus Montpellier, en présence (entre autres) de  Pierre Rabhi (qu’on ne présente plus), et de Jacques Caplat (*), ingénieur agronome et anthropologue, animateur de « Agir pour l’Environnement » (en partenariat avec Radio Aviva, RCF Hérault Maguelone, FM +, Evolt, l’Université de Montpellier et le Groupe Naturaliste de l’Université de Montpellier ).

Jacques Caplat  tentait de clarifier la question de l’agroécologie : il avait décrit son nouvel ouvrage « « L’agroécologie, une éthique de vie », comme étant «  la salutaire mise au point de Pierre Rabhi ».

Certes, il y fait parfaitement la différence entre d’une part le mot d’agroécologie piratée par l’agriculture industrielle genre FDSEA, d’autre part l’agro-écologie pour laquelle l’agriculture est un « organisme » complexe reliant écosystème (sol, haies, arbres, talus, points d’eau…), agrosystème (plantes cultivées et animaux domestiques), et les humains  (force de travail, savoir-faire, savoirs élaborés, besoins, envies) : « une partie de ceux qui ont repris le terme d’agro-écologie (au point de le faire inscrire récemment au Journal officiel) dévoient clairement les objectifs qu’il portait à l’origine. Les nuances sont donc infimes entre l’agriculture biologique des fondateurs (et de la majorité des paysans bio dans le monde) et l’agroécologie de Pierre Rabhi – mais l’écart est considérable avec l’agro-écologie de la FNSEA (syndicat agricole majoritaire) ou de l’INRA (institut national de la recherche agronomique). Ne nous laissons pas abuser par les mots et les chapelles, et revenons au sens profond, à l’agronomie, à l’écologie, à l’éthique, à l’élan créatif. C’est ce que permet, je l’espère, cet entretien.« 

Pourtant, vis à vis de la biodynamie, la confusion persiste. En effet, dans cet ouvrage, Jacques Caplat interroge Rabhi, qui lui  parle de ses débuts en Ardèche, et de sa découverte de la biodynamie avec Pfeiffer, son livre de chevet. Mais l’inteviewer n’emploie ensuite que le terme agroécologie, sans interroger Rabhi sur la biodynamie ni ses méthodes anthroposophiques, alors que celui-ci continue à les promouvoir dans certaines conférences.

La confusion de Jacques Caplat se confirme  lorsqu’il dit sur son site  il s’agit exactement de la même chose, [à propos] de l’agroécologie telle qu’elle est préconisée par Nature & Progrès, (…) et Pierre Rabhi. Et pourtant, ancien de la fédération d’agriculture biologique, il ne devrait pas ignorer que cette technique agricole ne prône pas la biodynamie.

D’ailleurs, en faisant la listes des associations allant dans son sens de respect de l’environnement et des humains, il n’inclut pas le Mouvement de l’Agriculture Biodynamique MABD, parmi les agricultures respectant l’homme et l’environnement :

CAPLAT ignore MABD

De fait, notre agronome-anthropologue paraît ne pas bien connaître la biodynamie : dans une réunion, il la décrit ainsi: »La biodynamie, développée par Rudolf Steiner, tient compte de la lune et des étoiles, et utilise des préparations à base de cristaux. » (Eco-Dialogue de Thau Dans le cadre du Festival de Thau 2016).

(veut-il parler de la silice de la préparation 501, qui n’est plus du tout cristallisée mais réduite en poudre ultra fine, ou de la méthode des cristallisations sensibles, qui ne concerne pas les préparations, mais une méthode d’analyse des forces vitales ?)

Il estime aussi que « si quelqu’un est fondé à définir l’agroécologie, c’est bien celui qui en popularisa le concept en France et en Afrique à partir des années 1980 ! » Né en 1971, Caplat est bien excusable d’ignorer qu’en 1986, Rabhi fut critiqué pour avoir transmis les méthodes biodynamiques de Steiner aux Africains.

En 2012 Caplat citait les méthodes de la BD seulement comme des rites (**) respectables au même titre que les rites républicains du mariage (« L’agriculture biologique pour nourrir l’humanité », Actes Sud). Comme anthropologue, ces rites étranges l’intéressent donc mais sans l’inquiéter, car il n’en connaît pas les arrières-plans anthroposophiques, particulièrement inquiétants dans les domaines sanitaires et politiques.

Jacques Caplat a répondu aimablement à mes questions en affirmant qu’Il existe également dans la biodynamie des aspects techniques intéressants (de nombreux grands crus viticoles sont passés en biodynamie depuis longtemps, sans l’indiquer sur leur étiquette et sans que les consommateurs ne le sachent : c’est la preuve que ce n’est pas ici une démarche commerciale mais que les résultats techniques de la vigne en biodynamie sont spectaculaires, et suffisants pour convaincre des grands domaines sur ce seul aspect technique).

Mais cela n’éclaircit pas la question : les bons résultats souvent observés en biodynamie sont -ils dus aux préparations OU au meilleur travail des agriculteurs, ou  viticulteurs ?

Caplat différencie la (BIo+) et la (Bio -) : Pour certains (comme Pierre Rabhi), c’est la « bio + », c’est l’aboutissement des principes les plus ambitieux de la bio (à ce titre, oui, cela se rapproche de la biodynamie en enlevant les dimensions ésotériques). Ainsi, pour lui, Rabhi n’aurait rien d’ésotérique !

 Ainsi la « méthode Rabhi » aggrave la confusion !

 Caplat n’est visiblement pas au courant que Rabhi était déjà biodynamiste dans les années 80, lorsqu’il dirigeait le centre baptisé d’agro-écologie » fondé à Gorom Gorom par Le Point de Mulhouse. Inspecté par un agronome, futur candidat  à la Présidence de la République, René Dumont, il fut accusé par celui-ci de présenter le compost comme une sorte de « potion magique » et (de)  jeter l’anathème sur les engrais chimiques, et même sur les fumiers et purins. Il enseignait encore que les vibrations des astres et les phases de la lune jouaient un rôle essentiel en agriculture et propageait les thèses antiscientifiques de Steiner, tout en condamnant Pasteur ».

La propre association de Rabhi a adopté une attitude bien hypocrite : sur son site, le volet consacré aux techniques ne présente que « paillage, culture sur butte, couches chaudes, engrais verts, rotation et compostage« . Sans souffler mot des pratiques complexes de l’ésotérique biodynamie.

Mais comble de méli-mélo organisé, « le Manuel des Jardins Agroécologiques » de cette même Terre et Humanisme, (Domaine du Possible, Actes Sud, 2012), page, 12, présente une préface de Rabhi, qui s’émerveille des effets de l’homéopathie, occasion de citer Steiner , « l’anthroposophe Rudolph Steiner a pris en compte ce phénomène physique, j’ai personnellement pu constater les effets des fameux préparats, « homéopathiques », inoculés à des tas de composts destinés à fertiliser la terre ». Et une note renvoie à la source « la Fécondité de la Terre, Pfeiffer, éd. Triades 1979. Puis Rabhi accentue l’inquiétude : « Compte tenu de l’enjeu qui n’est rien de moins que la survie alimentaire de l’humanité, nous ne pouvons en conscience passer sous silence toutes ces grave questions ».

Dans la suite de l’ouvrage, les préparations merveilleuses réapparaissent p.136 parmi les traitements à base de plantes, avec toutes les références nécessaires y compris au MABD, et la recommandation essentielle … »Les six préparats de bouse de corne et de silice de corne sont appliquées au Mas de Beaulieu »). Cela va jusqu’au jusqu’au respect du Calendrier lunaire de Maria Thun, page 142-143, avec renvoi -note 55) au Guide pratique de la biodynamie de Pierre Masson, 2007.

Tet H biodynamie

Terre et Humanisme joue donc une sorte de double jeu, en mettant la biodynamie, sous le tapis !

page 136 du  « Manuel des Jardins Agroécologistes »

        Mine de rien, P.Rabhi son fondateur, continue donc en catimini à promouvoir les idées ésotériques de la biodynamie lors de ses nombreuses conférences, comme celle diffusée le 22 mars 2013, ou encore comme en sept 2017 (« pourquoi l’agro-écologie ») où il promeut l’intégration des énergies cosmiques et la transformation » quasi alchimique » des composts : il reste bien biodynamiste !

En 2013 Rabhi confirme ses convictions biodynamiques :

Dans sa propre association Terre et Humanisme, un membre de son conseil d’administration me l’a confirmé par mail « « en aucun cas je ne contredis l’enseignement anthroposophique habituel de Pierre Rabhi ».

Cependant, je le rappelle encore, cette association ne dit plus un mot de biodynamie sur son site au chapitre « techniques utilisées en agro-écologie ». On y trouve uniquement: le paillage, les cultures sur buttes, les couches chaudes, les engrais verts, la rotation, le compostage (sans nul ajout de « préparations » biodynamiques).

COMMENT ÉLUCIDER DE TELLES CONTRADICTIONS ?

Si l’association Terre et Humanisme a été obligée de masquer – avec bien des contradictions –   la biodynamie de son fondateur, c’est très probablement qu’il l’a été prouvé que les deux méthodes sont équivalentes en résultats pour l’homme et la planète.  Certes la biodynamie entre dans la catégorie « agro-écologie » par son caractère holistique, mais il ne peut y avoir « équivalence » en ce qui concerne les difficultés : il est évident que l’agro-écologie non-biodynamique fait l’économie de la si complexe fabrication des préparations, de leur emploi aux seules périodes cosmiques favorables, des poivres « désherbants », bref de tout ce fatras ésotérique qui n’a d’ailleurs jamais donné de preuves scientifiques de son efficacité sur une « bonne » culture biologique, telle que l’agro-écologie non biodynamique.

DANS CES CONDITIONS,

on est obligé de conclure que la biodynamie ne pourra guère continuer à s’imposer, sinon par des manœuvres que de mauvais esprits pourraient qualifier de dérives sectaires :

annonce de catastrophes apocalyptiques que seuls les adeptes pourraient éviter en pratiquant convenablement l’agriculture de R.Steiner,

appel à se grouper entre eux pour échanger leur « ressenti« , celui-ci étant déclaré seul apte à accéder à la vraie connaissance,

mépris de la science officielle  qui « n’est que du  pipeau« , accusée de masquer la réalité,

réunions d’adeptes pour pratiquer « dans la joie » l’espèce de charcuterie ésotérique censée trans-substancier certaines plantes pour capter les forces cosmiques indispensables à l’implantation des « petits soleils » qui éviteront la catastrophe.

Et finalement enfermement des disciples dans une carcan de pratiques irrationnelles, aggravant leur travail agricole et leur imposant des prix plus élevés, qui leur feront tort

dès que sera connue l’équivalence des produits d’agro-écologie non-biodynamique, plus simples et qui seront plus à la portée des consommateurs.

On doit finalement s’interroger sur les motivations confuses  du soutien de Pierre Rabhi à l’anthroposophie,  dont on ne doit pas oublier les visées politiques de Tripartition Sociale, qui cherche à soustraire à l’autorité de l’État l’Enseignement et l’Énergie.

(*) Fils de paysan, Jacques Caplat est agronome. Il a été conseiller agricole en chambre d’agriculture, puis animateur à la Fédération nationale d’agriculture biologique. Il a notamment participé à la création du Réseau Semences Paysannes et s’est impliqué dans des actions de développement dans des pays du Sud. Il est l’auteur de nombreux rapports et conférences sur l’agriculture biologique, ainsi que des livres Changeons d’agriculture. Réussir la transition (Actes Sud, 2014) et L’Agriculture biologique pour nourrir l’humanité. Démonstration (Actes Sud, 2012).

(**) [rites =Ensemble des règles et des cérémonies qui se pratiquent dans une Église particulière, une communauté religieuse]

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