Le philosophe Michel Onfray : la biodynamie, « c’est la signature des temps nihilistes « 

https://weekend.lesechos.fr/gastronomie-et-vins/vins/0602323770884-michel-onfray-la-biodynamie-est-la-signature-dun-temps-nihiliste-2313060.phphttps://weekend.lesechos.fr/gastronomie-et-vins/vins/0602323770884-michel-onfray-la-biodynamie-est-la-signature-dun-temps-nihiliste-2313060.php

D’abord produit de l’agriculture puis objet culturel, le vin semble entré, avec des pratiques à la limite de l’ésotérisme comme la biodynamie ou l’élaboration de « vins naturels », dans un âge nouveau : le « surnaturel ». Partagez-vous ce sentiment ?

Oui, bien sûr, vous avez raison, car le vin ressemble toujours à l’époque dans laquelle il se trouve fait. Notre époque est celle d’une civilisation qui s’effondre, dans laquelle il n’y a plus de sens que dans les individualités portées à leur paroxysme. Le cartésianisme et la raison ont disparu au profit d’une pensée magique faite de bric et de broc, new age, néo-bouddhisme, écologisme, religions à la carte, croyance en l’astrologie, dans les tunnels de la vie après la mort, dans celles des anges ou des égrégores... L’anthroposophie dont procède la biodynamie avec ses cornes de bouse et ses pulvérisations homéopathiques d’eau dynamisée après que, dans un seau, on l’a fait tourner dans un sens puis dans l’autre, relève de cette pensée magique… Le déraisonnable et l’irrationnel tout autant que la pensée magique sont les signatures des temps nihilistes.

Rien ne démontre les effets de la biodynamie, mais ses effets se montrent…

On attribue d’indéniables effets à de fausses causes : le premier travail de tout viticulteur qui passe en biodynamie consiste à arrêter l’usage des produits chimiques, le second dans ce rituel quasi religieux qui la caractérise. Les effets effectivement constatés sont produits par le seul premier travail. C’est comme si, après avoir avalé un cachet d’aspirine parfumé à la menthe pour faire cesser votre mal de tête, vous attribuiez l’arrêt de votre migraine aux effets curatifs de la menthe et pas à celui de l’aspirine…

Sans pratiquer la biodynamie, nombre de viticulteurs ont la conviction, en produisant du vin, de produire plus que du vin : y a-t-il une métaphysique du vin ?

Je préfère éviter ce mot qui suppose un au-delà de la physique car je ne crois qu’à la physique. Je lui préfère le mot spiritualité – qui renvoie d’ailleurs à la parenté esprit, spiritualité, spiritueux. Le vin est un produit culturel, une œuvre qui peut être une œuvre d’art, une création artistique dans laquelle on peut distinguer aussi bien des croûtes que des chefs-d’œuvre. Un vin doit ressembler à celui qui le crée et parfois, quand il ressemble à quelqu’un qui n’est pas une belle personne, ce n’est pas un beau vin, un bon vin, un grand vin. Un menteur ne fera pas un vin vrai, un fourbe ne fera pas un vin franc, un grossier personnage ne fera pas un vin élégant, un personnage dissimulé ne fera pas un vin droit, un individu fragile ne saura faire un vin avec une forte identité…

ci-dessous : « nihilisme » biodynamique et charcutier …

corce de ch^ne dans un crâne

 

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.