(selon Le Monde) Dans une école Steiner, des parents d’élèves sommés par l’éducation nationale d’inscrire leurs enfants ailleurs

L’école des Boutons d’or de Bagnères-de-Bigorre (Hautes-Pyrénées), dont le jardin d’enfants est reconnu par la Fédération des écoles Steiner-Waldorf, pourrait fermer ses portes à la suite d’un rapport accablant de l’inspection d’académie.

Par Violaine Morin Publié hier à 09h52, mis à jour hier à 12h13

Le document est daté du lundi 16 août et la décision ne s’est pas fait attendre. A la suite d’un rapport accablant d’inspecteurs d’académie de l’éducation nationale, les parents des 62 élèves de l’école des Boutons d’or de Bagnères-de-Bigorre (Hautes-Pyrénées) ont été mis en demeure d’inscrire leurs enfants dans un autre établissement, vendredi 20 août.

Confirmant cette information de Charlie Hebdo, le rectorat de Toulouse ajoute que le recteur a saisi le procureur. La direction de cet établissement, dont le jardin d’enfants est labellisé par la Fédération des écoles Steiner-Waldorf, n’a pas reçu de notification de fermeture, mais celle-ci pourrait suivre la demande de réaffectation adressée aux parents. Article réservé à nos abonnés Lire aussi Covid-19 et politique au menu de la dernière rentrée de Jean-Michel Blanquer

D’après ce rapport, que Le Monde a pu consulter, le dernier « contrôle inopiné » de cette école ouverte en 2013 a été réalisé par quatre inspecteurs d’académie le 25 mars. Cette visite faisait suite à deux autres contrôles, qui avaient donné lieu à des mises en demeure sommant l’établissement de se mettre en conformité sur des questions de sécurisation des locaux, de gestion administrative et de contenus pédagogiques.

Dans ce texte d’une dizaine de pages, les inspecteurs relèvent de nombreux manquements, d’abord sur la tenue des registres des personnels et des élèves. Ils assurent que les registres ne permettent pas « d’avoir une vision exhaustive de l’assiduité », rendant de fait impossible le contrôle de l’obligation d’instruction. La directrice de l’école, Caroline Delaborde, assure de son côté qu’elle tient un compte précis des absences. Convalescente du Covid-19, elle n’était pas là le jour de la visite mais reconnaît une « erreur », celle de ne pas avoir « respecté la date limite » pour transmettre ses registres à l’inspection d’académie.

Ecole exiguë

Le rapport pointe également des « lacunes pédagogiques » dans tous les domaines du socle commun – que les écoles hors contrat sont tenues d’atteindre –, insistant sur le fait qu’« aucune trace écrite n’est produite » sur les différents domaines de connaissance, de compétence et de culture (sciences, histoire, géographie). Ils affirment également que l’une des enseignantes aurait déclaré « refuser » d’enseigner l’histoire et la géographie.Une version contestée parla personne concernée.

Des membres de l’équipe éducative de l’école dénoncent en outre l’atmosphère qui a, selon eux, entouré les différentes visites inopinées des inspecteurs. « Ils sont venus avec une idée préconçue et on n’a pas pu discuter, se défend Clotilde Dameron. J’ai proposé de montrer mon classeur pour qu’ils voient ce que l’on faisait en sciences, ils n’ont pas voulu. J’ai montré des cahiers d’élèves, ils n’ont pas regardé. »

Les conditions d’hygiène et de sécurité de cet établissement scolaire sont également critiquées. L’école, trop exiguë pour accueillir tous ses élèves, reçoit systématiquement un groupe en sortie scolaire – un choix pédagogique d’« école dans la nature » pratiqué dans d’autres écoles Steiner, mais qui prévoit en principe une structure en dur. Dans cette école, cela « signifie qu’une partie des élèves ne sont pas accueillis et doivent rester chez eux quand les conditions climatiques ne permettent pas les sorties scolaires », détaille le rapport. Article réservé à nos abonnés Lire aussi La pédagogie Steiner, un cas d’école pour ses partisans comme pour ses détracteurs

Les parents et les enseignants que Le Monde a pu joindre assurent que cette situation ne s’est présentée qu’une seule fois sur l’année 2020-2021. De son côté, la Fédération Steiner-Waldorf, qui n’est compétente que sur le jardin d’enfants, indique avoir « fait des retours » à cette équipe sur certains des points soulignés par le rapport. « Il y a eu une grosse augmentation d’effectifs dans cette école, et je pense qu’ils ont été un peu dépassés », juge Lucie Iskandar, porte-parole de la fédération.

Tensions locales

Du côté des parents d’élèves, on regrette une décision notifiée à quelques jours de la rentrée. Manuel Delafoulhouze, venu dans les Pyrénées avec ses deux enfants après un séjour au Brésil – où ils étaient scolarisés en école Steiner –, a choisi de s’installer là en partie pour l’école. « Je suis abasourdi de recevoir ce courrier, à dix jours de la rentrée », rapporte-t-il, assurant ne pas avoir eu d’échos négatifs sur cette école de la part d’autres parents.

De son côté, le maire centriste de Bagnères-de-Bigorre, Claude Cazabat, se dit « peu concerné » par cette école qui n’est « pas sous contrat avec l’Etat ». Selon une enquête publiée dans Charlie Hebdo, de fortes tensions locales entouraient l’arrivée des « néoruraux » dans la région, dont certains ont scolarisé leurs enfants dans l’établissement.

Le maire confirme avoir reçu des « lettres anonymes » au sujet de l’école Steiner, avant d’ajouter : « Que les gens mettent leurs enfants dans des écoles alternatives, qui sont dans la contestation de beaucoup de choses, d’accord, mais je ne partage pas. » Ces différences n’ont cependant « aucun rapport » avec la fermeture de l’établissement, « puisqu’elle ne relève pas de la compétence du maire », assure-t-il. Des parents d’élèves se sont réunis, mardi 24 août, afin d’envisager une éventuelle mobilisation.

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